Ces deux facteurs sont parmi la liste énumérée par le FMI dans ses nouvelles Perspectives économiques régionales portant, entre autres, sur les facteurs nécessaires devant développer le secteur financier en Afrique subsaharienne. Mais Madagascar ne dispose ni d’institutions fortes ni d’une classe moyenne à même de doper le développement financier, pourtant indispensable à la croissance. Le secteur financier dominé par les banques à vocation commerciale ne répond qu’à une partie des différents besoins de l’économie. Ainsi, les jeunes qui veulent créer leurs entreprises ainsi que les nouveaux entrepreneurs porteurs de projets sont plutôt exclus de ce système. Quant à la bancarisation, les détenteurs d’un compte bancaire représentent tout au plus 5% de la population. En revanche, les comptes sur téléphone mobile commencent à prendre de l’essor avec plus de 610 000 comptes ouverts tous les ans selon les données officielles. Mais les comptes actifs de 2010 à 2015 représentent 21,6% des comptes ouverts. C’est peut-être une évolution peu significative, sauf qu’elle est plus importante que celle de la bancarisation.

En fait, le mobile money est censé apporter une forte contribution à la finance inclusive, c'est-à-dire un secteur financier incluant une large gamme de population dont les pauvres. N’empêche, le développement financier de Madagascar est encore faible avec une note inférieure à 0,1 si la note maximale établie par le FMI est de 1. Le document de cette institution financière internationale cité plus haut énumère les facteurs qui stimulent le développement financier en Afrique. Il cite notamment les fondamentaux macroéconomiques sains, des institutions fortes, la présence d’une classe moyenne… Si l’état des fondamentaux macroéconomiques a reçu le satisfecit des bailleurs de fonds sous la transition, la situation a changé depuis. Quant à la qualité des institutions, elle est tout simplement mauvaise. Le pays doit composer avec des institutions faibles. En effet, celles-ci sont affectées par la corruption généralisée, gèrent mal les affaires nationales dont les trafics de ressources naturelles, définissent mal les dépenses publiques prioritaires, etc. Il n’y a qu’à observer les gaspillages dans les voyages pour participer à des réunions internationales qui ne produisent rien pour le pays, l’organisation du sommet de la francophonie alors que de nombreux secteurs stratégiques sont mal dotés en matière de budget public…   

Concernant la classe moyenne, elle devrait également participer au développement financier selon toujours le FMI. Si la tendance en Afrique subsaharienne va vers l’émergence de cette classe, il n’en est rien pour la Grande Ile. Sa classe moyenne a disparu de la circulation depuis belle lurette. Rappelons que dans les années 70, une bonne partie des fonctionnaires a constitué une solide classe moyenne. Mais depuis le régime socialiste de l’amiral rouge au milieu des années 70, la classe moyenne a été balayée par les « affairistes » puis par les trafiquants en tous genres. En fait, l’augmentation de revenu depuis les années 70 ne concerne qu’une poignée de la population et plus particulièrement les dirigeants successifs et leurs réseaux mafieux. Parmi les recommandations du FMI pour développer le secteur financier, le renforcement des institutions est pourtant en première ligne.

Fanjanarivo