Pas de foule en liesse ni d’accueil enthousiaste demain pour Ban-Ki-Moon, premier secrétaire général de l’ONU à se rendre à Madagascar. D’abord, car la conjoncture économique particulièrement morose n’incite pas à l’euphorie et aux réjouissances. Ensuite, parce que la population sait que l’ONU, ce « machin », a des pouvoirs plutôt limités et ne pourra résoudre les problèmes qui agitent l’actualité dans l’île. Par exemple, la fameuse résolution de 1979 sur les Iles Eparses: l’ONU étant incapable de faire appliquer ses décisions, Ban Ki-Moon fournira sur la question des réponses diplomatiques vagues quand il sera interrogé par les journalistes.
Ce qui est sûr déjà, c’est que pour faire reluire sa propre image, le régime va exploiter le prestige de cet hôte illustre. L’opération est déjà en branle avec certains propos répétés sur les médias officiels. Comme celui-ci : « Ban Ki-Moon vient à Madagascar, suite à une invitation spéciale du président Hery Rajaonarimampianina ». On ne sait ce qu’il en est réellement, mais on constate que le secrétaire général de l’ONU se rend chez nous, non pas en exclusivité, mais dans le cadre d’une tournée qui le mènera aussi aux Seychelles et à Maurice. Ou cet autre : « Le voyage de Ban Ki-Moon est une réussite de la diplomatie malgache ». Si elle était aussi percutante, cette diplomatie malgache devrait agir sur certains terrains où on l’attend, comme le retour des Iles Eparses ou le décaissement des crédits internationaux en souffrance.
En fait, comme Hery Rajaonarimampianina est de plus en plus contesté pour cause d’absence de résultats et d’implication dans certaines « affaires », on s’efforce de redorer son blason en le mettant bien en vue aux côtés de Ban Ki-Moon. De cette manière, l’éclat du secrétaire général de l’ONU devrait rejaillir positivement sur l’image ternie du chef d’Etat malgache. Par ailleurs, en rencontrant les plus hautes personnalités officielles et en se rendant dans les institutions de la République (comme au Sénat où il prononcera un discours), Ban Ki-Moon est appelé à couvrir les fautes d’un régime qui se soucie peu des masses et qui est la proie d’une corruption à grande échelle. Bref, au contact du secrétaire général de l’ONU, le régime espère se donner plus de brillant, de respectabilité et de rayonnement.
Ceci rappelle la fin pitoyable du régime de l’amiral Ratsiraka, lequel a lamentablement échoué dans l’instauration d’une Révolution socialiste. De plus en plus décrié, mais voulant perdurer au pouvoir à la tête d’un système libéralisé, l’homme multiplia les événements à grand spectacle pour se donner du lustre. C’est ainsi qu’il accueillit le pape Jean-Paul II en mai 1989, le président François Mitterrand en juin 1990 et les Jeux des Iles de l’Océan Indien en août 1990. Il aurait pu continuer sur cette lancée, mais la population, qui n’était pas dupe, se souleva en 1991 et renversa un régime honni...
Plutôt que de faire le « m’as-tu vu » aux côtés de Ban Ki-Moon, Hery Rajaonarimampia-
nina devrait améliorer son image en accomplissant en conscience son travail de chef d’Etat. Par exemple, en faisant en sorte que l’argent public profite à la population et non aux barons du régime, et que les gros bonnets qui se livrent aux détournements et à la corruption soient poursuivis et sanctionnés. Pour l’instant on est très loin du compte…
A. R.