75 millions de dollars. C’est le pactole auquel les services de la présidence s’activent fébrilement depuis quelque temps. Eux-mêmes comme l’ensemble de la population ne croyaient pas que le naufrage d’un navire pouvait rapporter autant. Ces 75 millions de dollars représentent, en effet, le montant des dommages que Madagascar compte demander aux propriétaires et à l’armateur du  bateau New Mykonos qui s’est échoué au large de Faux Cap (extrême sud du pays) le 29 février dernier.

Ce bateau a quitté le port sud-africain de Richard’s Bay le 26 février 2016 pour rejoindre Vizag en Inde. Quand il a échoué trois jours plus tard, seuls les professionnels de la presse étaient concernés. Dans la presse malgache, à peine si on y avait parlé .Et pourtant, il ne s’agit pas du naufrage d’un petit bateau pareil à ceux transportant des clandestins vers Mayotte.  Battant pavillon panaméen, le New Mykonos est plutôt un grand, très grand navire long de 280 m et large de 45 mètres, soit presque 3 terrains de football. Le jours de son naufrage, ce vraquier transportait 160 000 T de charbon de terre et avait à son bord 2500 T de fuel et 300 litres de produits chimiques.

Une semaine après son échouage dans les récifs coralliens malgaches, le commandant décide de quitter le navire. D’après les rapports des experts malgaches, des mesures ont été prises pour éviter une grave pollution marine. Des missions de secours ont été faites et un bâtiment a été dépêché pour pomper le fuel stocké dans le réservoir de carburants. Malgré cela, une tâche noire s’est propagée autour du bateau, sans doute le produit de décompensation du charbon transporté par le bateau qui a complètement pris eau.

Devant la situation, les experts nationaux issus des différents ministères et des organismes concernés comme l’APMF ou les forces aéronavales exigent l’enlèvement du bateau échoué ainsi que le paiement de dommage et la constitution d’une caution pour le suivi environnemental sur une période de 5 ans. La commission d’experts a notamment établi un projet de protocole d’accord qui obligerait l’armateur et son assureur à donner une garantie de 125 millions de dollars pour l’enlèvement de l’épave dans un délai de 6 mois, payer la somme de 75 millions de dollars à titre d’indemnisation de dommages de pollution, et former une caution de 50 millions de dollars pour le suivi de l’étude d’impact qui devrait s’étaler sur une période de 5 ans.

Ces chiffres mirobolants ont fini par réveiller des proches du président Rajaonarimampianina qui aurait décidé de prendre le dossier à son compte. Conformément aux conclusions des experts nationaux, un avocat a été alors requis pour défendre les intérêts de Madagascar. Au départ, on aurait pensé confier l’affaire à la conseillère spéciale Nicole Andrianarivoson mais on l’aurait préféré au cabinet parisien de l’autre juriste, Me Henry Rabary-Njaka.

En tout cas, personne même les experts qui se sont investis dans ce dossier, ne sait plus où en sont les négociations avec l’armateur. C’est la discrétion totale. Cependant, la présidence se goure si elle pense faire fortune avec ce naufrage. Dans l’affaire du pétrolier Erika qui a déversé 30 000 T de fuel au large de la Bretagne en fin 1999, la France n’a eu ses indemnités de 36 millions d’euros de la part de Total qui est une entreprise française qu’en 2013. Les proches du président Rajaonarimampianina espèrent peut-être boucler le dossier avant 2018 avec leur «état de droit » à eux. A moins que ce ne soit eux qui vont être menés en bateau.

Sa