85 dollars le baril d’ici la fin de l’année ! Ce serait le pire des cadeaux de Noël qu’on pourrait faire à des pays importateurs nets de produits pétroliers et très pauvres comme Madagascar. Des analystes du marché international du pétrole avancent pourtant ce chiffre. Leurs analyses sont étayées uniquement par les chiffres de l’offre et de la demande. L’un d’entre eux, Mike Rothman de Cornerstone analytics prévoit une dramatique chute des stocks mondiaux de pétrole d’ici la fin de l’année. Ce qui pourrait pousser les cours vers le haut. Des institutions comme la Banque mondiale ont dernièrement révisé à la hausse leurs prévisions sans pour autant parler du seuil évoqué plus haut. Quoi qu’il en soit, si cette tendance va faire le bonheur des exportateurs, elle enfoncera le clou pour Madagascar, qui n’a d’ailleurs pas profité de la longue chute des cours sur ces dernières années. Sous prétexte que le pays a subventionné le marché pétrolier de 2010 jusqu’à récemment, la dégringolade des cours à l’international n’aurait pas pu avoir des répercussions plus positives sur les prix à la pompe.

Et maintenant, les cours sont appelés à reprendre le chemin de la hausse. Les plus pauvres en seront toujours les victimes, si la poignée de population relativement aisée en souffrira également. En effet, le renchérissement des cours internationaux et puis des prix à la pompe provoquent toujours une cascade inflationniste sur plusieurs secteurs. C’est le cas pour les médicaments importés, les produits de première nécessité importés comme le riz, l’huile alimentaire, le sucre, la farine… Et il faut y ajouter les équipements et matériels ainsi que les machines importées. Ainsi, les ménages tout comme les entreprises pourront souffrir d’une éventuelle et importante hausse des cours du pétrole. L’Etat malagasy osera-t-il revenir au système de la subvention si un tel cas se produit ? Les bailleurs de fonds ne cessent de répéter leur désaccord face aux subventions dont celles pour Air Madagascar et la Jirama. Ils ont également critiqué les subventions pour le marché pétrolier quand cette mesure était encore en place. Ce qui signifie qu’ils ne manqueront pas de regarder de travers un éventuel retour à la subvention pétrolière.

Et comme les dirigeants obéissent au doigt et à l’œil aux bailleurs de fonds pour obtenir le maximum de financements extérieurs, ils ne se risqueront pas à rééditer les subventions pétrolières. Il faut, par ailleurs, remarquer qu’avec un tel système, l’Etat veut vivre au-dessus de ses moyens. Ses recettes sont toujours parmi les plus faibles en Afrique subsaharienne mais il continue de subventionner à tour de bras. S’il a arrêté avec le marché pétrolier, il continue de plus belle avec la Jirama et Air Madagascar, deux entreprises théoriquement moribondes depuis des décennies. Au lieu de leur trouver des solutions pérennes, l’Etat unique actionnaire pour le cas de la Jirama et actionnaire majoritaire pour la compagnie aérienne nationale, essaie mollement telles ou telles solutions sans aboutir à du concret convaincant. Et si les cours du pétrole augmentent, ces deux entreprises creuseront encore plus leurs pertes colossales !

Fanjanarivo