Comme les Malgaches d'ailleurs, la compagnie aérienne nationale a la peau dure. Ses fossoyeurs n'ont eu de cesse de le dépecer mais la compagnie nationale est toujours debout. Et son personnel se lève pour empêcher son enterrement. "Nous, employés conscients de la politique machiavélique de l’Etat, nous nous levons contre la mort programmée d’Air Madagascar", affirment-ils dans un communiqué en annonçant le début d'une grève à partir de demain.

Ce nouveau débrayage n'est que la suite de la grève de l'année dernière qui a pu être débloquée grâce à la signature d'un mémorandum entre l'Etat et le personnel. En dépit de ce protocole d'accord, l'Etat qui est l'actionnaire majoritaire d'Air Madagascar n'a toujours pas régularisé les cotisations sociales (Cnaps, retraite complémentaire...) déjà prélevées sur les salaires des travailleurs mais non reversées aux organes de collecte.

Par ailleurs, les 4 leaders syndicaux que l'Etat avait licenciés durant la grève de l'année dernière, n'ont toujours pas été réintégrés malgré une décision du Conseil d'Etat annulant la décision de licenciement et ordonnant la réintégration des leaders syndicaux. Devant le refus des dirigeants de la compagnie de se conformer à la décision de justice, les syndicalistes se sont tournés vers le gouvernement. Stupeur: le directeur de cabinet du premier ministre Ravelonarivo leur répond que leur licenciement est la contrepartie du limogeage de Henry Rabary-Njaka et consorts. D'ou les manifs devant le siège d'Air Madagascar et à Ivato.

Finalement, l'ensemble du personnel va donc les rejoindre demain pour défendre aussi leurs droits mais aussi la compagnie. Discutée depuis quelques semaines, cette grève aurait été déclenchée par trois faits.

D'abord la conférence de presse du syndicat des douaniers qui ont révélé les largesses de l'Etat à la compagnie Madagascar Airways laquelle n'aurait payé aucun droit ni taxe lors de l'importation de son avion.

Ensuite le communiqué d'Air Madagascar dénonçant la concurrence déloyale d'une compagnie étrangère sur l'Europe et surtout le refus du DG de réagir en dépit du recours de la compagnie nationale.

Enfin, le discours mensonger des pouvoirs publics sur la privatisation d'Air Madagascar. Le nouveau premier ministre dit publiquement que la compagnie nationale ne sera pas privatisée. Soit il ne connait pas le dossier. Soit il est aussi un menteur. En tout cas, le DG canadien fait le tour des compagnes aériennes à la recherche d'un "partenaire stratégique" qui sera le futur repreneur d'Air Madagascar. Si ce n'est pas une opération de privatisation, ça en a tout l'air. Pourquoi donc ne pas le faire en toute transparence et dans les règles de l'art? Voudra-t-on vendre Air Madagascar comme on l'a fait pour la centre thermique de la Jirama qui a été donnée à Symbion Power ?

En tout cas, c'est la raison pour laquelle le personnel est déterminé à "face à la mauvaise gouvernance généralisée de la conduite des affaires nationales, fortement ressentie par la compagnie Air Madagascar à travers le non-respect manifeste de l’Etat de droit ainsi que du principe même de redevabilité, et du manque total de transparence".

A priori syndicale, cette grève se veut donc être un combat patriotique et même si la phrase est formulée (ou sciemment faite ainsi pour éviter d'être poursuivi comme un message politique), le communiqué invite implicitement la population à suivre le mouvement. "Nous tenons à remercier tous les citoyens de divers horizons ayant manifesté leur soutien total quant à la préservation de cet emblème national", lit-on à la fin.

Le pouvoir en place ne manquera pas de dire de nouveau que ce mouvement est une grève suicide pour Air Madagascar. Mais qu'ont fait les Henry Rabary Njaka, James Andrianalisoa et Ulrich Andriantiana? Air Madagascar n'a plus que 4 appareils, ses droits ont été bradés, et elle est toujours dans la liste B. Et si on laisse au sol la compagnie et le régime se débattre avec ses avions, ses commissions et ses autres grèves. On pourrait alors repartir sur des bases saines.

Salomon Ravelontsalama