Lors de la conférence de presse d’hier au palais présidentiel d’Iavoloha, la Présidence de la République et son service du protocole n’ont pas voulu embarrasser Ban Ki-Moon. Ni voir des sujets qui fâchent soumis à l’illustre hôte. Une procédure a donc été mise en place pour filtrer les intervenants au micro et éliminer les questions qui gênent. Ordre a donc été donné aux journalistes désireux d’interroger Ban Ki-Moon de s’inscrire au préalable, et de porter dans la fiche les questions destinées au secrétaire général de l’Onu. Après quoi, les gens de presse ont été rangés sur les bancs dans l’ordre d’intervention au micro.
Prompt à se manifester, notre chroniqueur politique en malgache, Jesy Rabelaolao, aurait dû être le premier à se présenter au micro, avec une question sur les Iles Eparses. Grand fut son étonnement (et celui de la salle) quand l’organisation a remis cet « honneur » au journaliste de RFI. Evincé ensuite par un autre « pistonné » de la Présidence, Jesy Rabelaolao décida de jouer des coudes et de forcer le passage vers le micro. D’autant que selon une annonce des organisateurs, seuls trois journalistes étaient autorisés à poser des questions. La présence de ce journaliste d’opposition au micro, nanti en plus d’une question « indésirable » sur les Iles Eparses, a visiblement déplu au président Rajaonarimampianina et à son directeur du protocole, Micheline Razanamanana, lesquels ont arboré une mine contrariée quand fut posée la question suivante : « Pourquoi la résolution de l’Onu de 1979 sur la restitution des Iles Eparses à Madagascar n’est-elle pas appliquée ? Ou existe-t-il une complicité tacite entre l’Onu et la France pour priver Madagascar de ces îles ? ».
La réponse de Ban Ki-Moon fut donnée en anglais, bien que l’homme parle le français et est marié à une enseignante de français : « Des pourparlers sont déjà en cours sur les Iles Eparses, et mon souhait est que ces négociations aboutissent. Je formule des vœux de succès pour les Malgaches dans ces pourparlers… ». Bref, une réplique banale et sans relief, de la part d’un Ban Ki-Moon qui n’a pas voulu s’engager. Cette réponse diplomatique lui a été certainement serinée, au cas où la question surmonte le barrage érigé par la Présidence de la République…
En tout cas, la tendance profonde d’Iavoloha a été mise à nu par l’incident : une volonté de rétablir la censure pour museler les titres contestataires. Notons qu’en raison de cette inclination maléfique, la presse nourrit actuellement une vive inquiétude quant au projet de Code de la Communication. On craint que la mouture, conçue par le gouvernement n’aille dans le sens d’une mise au pas de la presse. Le texte, qui sera soumis bientôt au Parlement, est tenu secret malgré les sollicitations empressées de la presse. Les craintes sont décuplées en raison d’un président de l’Ordre des Journalistes qui s’est rangé du côté du régime, et qui ne milite pas en faveur d’une presse libre et indépendante.
En tout cas, pour enlever les griffes de la Gazette de la Grande Ile, le régime a débauché à grands frais des journalistes de notre titre, lesquels ont ensuite été mis en service dans des organes de propagande officiels. Mais à l’heure où on veut instaurer une pensée unique et une information idéologiquement uniforme, il existe chez La Gazette des journalistes qui ne vendent pas leur âme et qui sont décidés à faire vivre une presse libre et un pluralisme d’opinion. En somme, malgré les efforts d’un régime aux tendances totalitaires, notre titre ne se laissera pas embrigader.
- R.