Ouf ! Ban Ki-moon est parti sans qu’il y ait eu un mouvement de masse à Analakely. Mieux, le Secrétaire général de l’ONU a gratifié la classe politique malgache d’un sérieux avertissement sur un coup d’Etat. Malgré tout le respect qu’on doit à M. Ban Ki-moon, le pays n’avait pas besoin de lui pour comprendre les risques d’une expulsion du président Rajaonarima-

mpianina du pouvoir, notamment des sanctions que promet la communauté internationale à Madagascar au cas où une nouvelle alternance sans passer par la voie constitutionnelle se produise encore. Le problème de ce pays, selon l’expression consacrée, est justement cette perception voire cette appréhension alors que rien ne va plus à Madagascar.

Le changement de gouvernement a été décidé pour rétablir la situation et en vue des grands rendez-vous que la Grande Ile doit assumer dont la visite du SG de l’ONU. Non seulement, la procédure de nomination du premier ministre et de la formation du gouvernement prête à équivoque. Mais une large frange de l’opinion parle de flagrant délit de mensonge assorti d’une nouvelle violation de la Constitution. Pire, le chef du gouvernement est à la tête d’une pléiade de ministres qui traînent des boulets.

Mahafaly Olivier lui-même qui cumule les fonctions de premier ministre et ministre de l’Intérieur lui-même fait l’objet d’une multitude d’interpellations. Il devrait s’expliquer par exemple des rumeurs incessantes sur la construction de 2000 mosquées. En a-t-il vraiment donné l’autorisation ? Est-ce qu’il n’a fait qu’exécuter un ordre venu d’en haut? Le premier ministre devra s’attendre à ces questions lors de sa première rencontre avec la presse. Il devrait aussi à se préparer pour apporter des explications claires, précises et convaincantes sur la hausse des droits pour l’octroi de passeport et les taxes à payer pour les permis et carte crises biométriques. Comment les frais requis pour un passeport peuvent-ils passer du simple au double (de 110 000 à 190 000 ar) sans qu’il y ait des modifications manifestes ? A quoi servent les 45 milliards ar récoltés sur les cartes grises biométriques ?

Aucune trace de ces recettes comme celles sur les permis de conduire et les cartes de résidents ne figurent dans la loi de Finances. Les taxes prélevées sur les cartes de séjour des étrangers sont dites affectées à l‘EDBM mais les 75 000 ar par véhicule sur les cartes grises restent un mystère. Déjà qu’on ne peut prélever aucune empreinte biologique sur une voiture…

On ne doit donc pas s’étonner si une majorité des membres du gouvernement ne jouissent pas d’une bonne notoriété. On cite sans ambages Jean Jacques Rabenirina (ministre de l’Artisanat et de la Culture). Son jeune collègue de l’Education nationale, Paul Rabary, est peut-être bien éduqué et soucieux de la solidarité gouvernementale sinon il aurait étalé sur la place publique les immenses dégâts subis par le ministère durant la Transition. En tout cas, la presse (libre) est toujours ouverte quand il se décidera à jouer la transparence. Message est aussi donné à Rivo Rakotovao qui a désormais en charge du département de l’Elevage. A ce poste, il aura l’occasion de juger les raisons pourquoi on a autorisé l’exportation de bœuf sur pied durant la Transition et les conséquences de cette mesure irresponsable sur la sécurité. La tâche serait d’autant plus facile que l’auteur de cet acte incroyable est aujourd’hui membre du même gouvernement en tant que vice-ministre des Affaires étrangères : Bary Rafatrolaza.

Le nouveau ministre des Travaux publics, Eric Razafimandimby, a également cette chance de compter parmi ses collègues, un de ses prédécesseurs sinon son prédécesseur en la personne direct en la personne de Roland Ratsiraka. Il ne peut cependant pas demander des comptes à l’ancien ministre sur les 40 milliards de francs prélevés sur le FER (Fonds d’entretien routier) selon le rapport d’enquête de l’IGE (Inspection générale de l’Etat) : lui-même n’est pas clean quand il était à la tête du même département durant la Transition.

On ne veut juger un à un les ministres d’Olivier Mahafaly. On veut lui avertir que ce n’est pas avec cette équipe qu’il espère mener le combat que lui a assigné le chef de l’Etat. Pire, qu’il ne croit pas qu’après le passage de Ban Ki-moon et son discours sur l’alternance, personne n’osera bouger. Mais l’explosion est inévitable quand les casseroles sont pleines.

Salomon Ravelontsalama