Nous terminons aujourd’hui la publication des feuillets remis gracieusement par le général en retraite Rakotomanga Mijoro, n°2 de la Gendarmerie nationale lors des évènements de 1972,
puis commandant de la Gendarmerie nationale à partir de 1975. Cet officier y évoque la figure du général Gabriel Ramanantsoa, chef d’Etat de 1972 à 1975 et celle du colonel Richard Ratsimandrava, chef d’Etat et chef de gouvernement assassiné en février 1975, deux anciens de Saint Cyr comme lui. Ayant une épouse française, il traite également d’une question qui agite l’actualité : le patriotisme chez ceux titulaires de la double nationalité. Souvent en effet, on nie à ces derniers tout sens patriotique… En tout cas, les colonnes de La Gazette de la Grande Ile sont ouvertes à tous ceux qui, comme le général Rakotomanga Mijoro, ont quelque chose de consistant à dire sur l’actualité ou sur l’histoire.
A.R
Le général Gabriel Ramanantsoa était colonel dans l'armée française quand il fut appelé en 1958 par le président Philibert Tsiranana lors de la proclamation de la République pour prendre la responsabilité de chef d'Etat Major général de la toute nouvelle armée malgache. Bien entendu, il était citoyen français et était le premier Malgache à entrer a Saint Cyr en 1929, insigne honneur.
Fidèle serviteur, le général n'avait jamais eu la velléité d'inquiéter le président Tsiranana par un putsch militaire quelconque en vue de le renverser. En mai 1972 lorsque le président Tsiranana démissionna et donna les pleins pouvoirs au général Ramanantsoa, celui-ci conscient de son devoir ne put qu'accepter malgré les réticences de son épouse, elle qui voulait jouir tranquillement du droit à la retraite de son mari. Une leçon de patriotisme d'un vieux soldat à qui on avait reproché sa double nationalité.
Quant au colonel Ratsimandrava, j'ai parlé de lui dans la deuxième partie de mon article. J'ajouterai seulement qu'il était devenu gendarme par accident. En effet, engagé dans l'armée française, I'idée ne lui était pas venue d’intégrer la Gendarmerie nationale (ZN) par la suite. Il devint le premier officier malgache à prendre le commandement de la Gendarmerie nationale. Par deux fois il avait reçu du président Tsiranana l'ordre d'abord en avril 1971 de rétablir l’ordre public dans le Sud (révolte du Monima), mission qui s'était soldée par 3000 victimes. En second lieu le 13 Mai 1972: aider les policiers à se dégager au milieu des manifestants devant 1'Hôtel de Ville. Contrairement à la Police, il avait refusé de tirer sur les manifestants, un acte de désobéissance certainement mais un acte de patriotisme qui l’honore.
Il m'appartient maintenant de répondre à l'interpellation des journalistes sur le patriotisme et la double nationalitét. Je ne m'étendrai pas sur le sujet, je dirai seulement que je n'ai pas de leçon à recevoir de personne sur mon patriotisme. Saint Cyrien à part entière, bien motté en corniche militaire à Strasbourg et entré en concours direct à la «Spécial», j'ai décliné l'offre qu'on m'avait faite de rester dans l’armée française. J'avais donc perdu ma citoyenneté française. J'ai pris la succession du colonel Ratsimandrava à la tête de la Gendarmerie fin 1975, suite à une promotion accordée par le Président Didier Ratsiraka. C’était un retour d'ascenseur suite au règlement de la mutinerie des GMP (Forces Mobiles de la Police) dont j'étais l'artisan après l’échec des tentatives de négociations projetés par le général Gilles Andriamahazo et le capitaine de Frégate Didier Ratsiraka.
J'ajouterai enfin que je suis marié avec une Française et que je suis parfaitement intégré dans la société française comme ma femme l'est dans la société malgache. Mon patriotisme n'a jamais souffert de ma double nationalité.
La situation qui prévaut actuellement dans la Quatrième République ne me laisse pas indifférent en tant que citoyen, et en retraite de la gendarmerie depuis 24 ans. J'attends impatiemment comme tous les Malgaches le contenu de la politique générale de 1'Etat (PGE) annoncée avec insistance par le troisième Premier ministre de la Quatrième République dans le cadre de son «gouvernement de combat». En bon militaire sortant de Saint Cyr, j'aime rappeler que le B.A.BA du métier qu'on apprend au militaire dès le début de son engagement est contenu dans cinq mots :
Qui ou Quoi, Où, Quand et Comment, ainsi quand on manœuvre sur le terrain ou quand on échafaude des tactiques a l'échelon des états-majors, ces cinq questions sont toujours posées en plus de l'étude des facteurs. Un combat ne se décide pas à la légère. A ce sujet, la devise de l'Ecole Spécial Militaire « Ils s’instruisent pour vaincre » est inscrite sur le fronton de l'établissement dans le but de rappeler aux élèves officiers l'esprit de la formation qu'on leur donne. Pour information, « Mon Combat » (« Mein Kampf ») du sinistre Reichfürher Hitler, est toute une doctrine basée sur la supériorité de la race allemande, concoctée avec son nom moins sinistre, conseiller ès-mensonge Goebbels. On connaît la suite : quand Hitler sentit que son combat était voué à l'échec, I'auteur de Mein Kampf eut un sursaut de fierté : il mit fin à sa vie en se suicidant avec sa compagne Eva Braun dans son bunker à Berlin le 30 Avril 1945 laissant aux autres l'officialisation de la victoire des Alliés le 8 Mai 1945.
En tant que doyen des anciens commandants de la Zandarimariam-pirenena, j’ajouterai un petit mot à la devise de l'Académie militaire « Ho an'ny Tanindrazana (Pour la patrie). C'est une devise lourde de sens qu'on ne devrait pas employer à la légère. Le pays actuellement est malade. Je ne mentionnerai pas les maladies dont il souffre, on en parle à la radio, on en parle à la télévision, on les décrit dans les journaux. Elles demandent qu'on y prête sérieusement attention du plus haut sommet de l'exécutif jusqu'à l'échelon des exécutants.
Général (E.R)
RAKOTOMANGA Mijoro
