Des grèves virulentes pourraient naître ces jours-ci et accroître l’atmosphère de désordre qui prévaut actuellement.

La plus redoutée du régime est celle qui se dessine chez les magistrats, dopés par le succès que rencontrent leurs pairs du ministère de la Justice comme les greffiers et les agents pénitentiaires. La semaine dernière, en tout cas, le président Rajaonarimampianina a fustigé ainsi publiquement ces mouvements sociaux qui se multiplient et qui dominent l’actualité : « Les syndicats devraient collaborer avec le pouvoir pour quêter des solutions aux problèmes soulevés, et non lancer des ultimatums de 48 ou 72 heures. Chez certains, les revendications ne sont pas purement syndicales. Elles sont mêlées de politique, ce qui discrédite des leaders syndicaux… ».

S’inspirant certainement de cette « théorie », avancée par le chef de l’Etat, une stratégie a été mise au point pour tuer dans l’œuf une grève, et inciter les meneurs à coopérer avec le régime. La tactique a été appliquée la semaine dernière avec un certain succès sur le mouvement lancé dans l’Education nationale. Le régime craignait au plus haut point cette grève qui d’abord pouvait compromettre les examens officiels. Et qui ensuite amenait les parents d’élèves à pointer du doigt un régime incapable d’instaurer l’ordre.

Dès avant l’éclosion de la grève, des leaders syndicaux alignés ont été sollicités pour prendre la direction du mouvement et l’orienter dans un sens favorable au régime. En premier lieu, le lieu de rendez-vous des grévistes a été fixé dans la cour du ministère de l’Education nationale. Et ce, en vertu des textes qui veulent que dans un mouvement qui se déroule hors de l’établissement ou d’un site relevant du ministère, les participants seront poursuivis pour « abandon de poste ». Lundi matin dans la cour du ministère, les grévistes ont pris part à la cérémonie du lever des couleurs. Ce qui les a amenés à se mettre au garde-à-vous devant le ministre et à adopter une attitude soumise…

Après quoi le ministère a ouvert toute grande la porte de sa salle de réunion à l’intention des grévistes. Lors des débats, les syndicalistes alignés ont fait prévaloir la thèse suivante: les revendications ne peuvent être satisfaites sans l’engagement de plusieurs ministères, comme l’Education nationale, les Finances, la Fonction publique, etc. Le troupeau des grévistes fut donc poussé dans la direction suivante : monter une commission « ad hoc », composée de délégués des syndicats ainsi que des représentants des ministères concernés. Avec promesse de démarrage des discussions dans les meilleurs délais. Les militants furent donc autorisés à rentrer chez eux, pendant que les « meneurs » s’attelaient à la mise sur pied de la commission. Dans la soirée, le communiqué officiel suivant fut largement diffusé sur les ondes: grèves et mouvements de rue doivent cesser chez le personnel de l’Education nationale, car les négociations ont démarré.

Les enseignants ont donc repris le chemin des salles de classe, mais en fait, les pourparlers n’ont pas encore démarré, et peut-être ne démarreront jamais. L’essentiel pour le ministère de l’Education nationale étant de faire en sorte que les cours reprennent jusqu’aux examens officiels. Après, qui vivra verra… Notons que la commission « ad hoc » constitue un piège dans lequel d’autres grévistes sont aussi tombés la semaine dernière. Par exemple, les agents pénitentiaires qui ont accepté de reprendre le travail, suite à la mise en place d’un comité « ad hoc », présidé par le… ministre de la Justice.

A.     R.