Contestation tous azimuts contre Hery Rajaonarimampianina.

Jamais peut-être à Madagascar, chef d’Etat n’a été aussi brocardé alors qu’il n’en est pas encore à la moitié de son mandat. Il est vrai que le ministre des Finances percutant de la transition provoque actuellement une déception généralisée. Impuissant en effet, l’homme est le jouet des évènements et ne parvient pas à mettre un coup d’arrêt à la dégradation des conditions de vie. Par ailleurs, une corruption à grande échelle gangrène tous les compartiments de la vie publique, et de toute évidence, les plus hautes personnalités trempent dans les affaires. Au lieu de sévir, Hery Rajaonarimampianina semble couvrir les fautifs, notamment ceux qui gravitent autour de lui. Enfin, le régime apparemment n’est pas mu par le  patriotisme et ne se préoccupe pas de sujets qui mobilisent l’opinion, comme la restitution des Iles Eparses. Les manifestations patriotiques, comme celles du 29 mars et du 13 mai, sont d’ailleurs réprimées vigoureusement par un régime de plus en plus autoritaire…

Face à un pouvoir inefficace et qui en sus multiplie les dérives, la classe politique évoque de plus en plus la déchéance du président Hery Rajaonarimampianina. Lalatiana Rakotondrazafy de Freedom a annoncé publiquement sa préférence pour cette piste, et a exhorté les députés à s’engager dans cette voie. D’autres, moins tonitruants, se prononcent également pour cette option, comme Naivo Raholdina (Mapar), Alain Ramaroson (Masters), Maharavo Ratolojanahary (Afo), Lalatiana Ravololomanana (Manda) etc. La procédure parlementaire de destitution est privilégiée pour les raisons suivantes. En premier lieu car le régime, de plus en plus répressif, est disposé à écraser les mouvements de rue dans le sang. On en a eu encore un aperçu hier avec un centre-ville sévèrement quadrillé par les forces de l’ordre, lors de la commémoration du 13-mai 1972. En second lieu car les coups de force et autres alternances violentes sont condamnés par la communauté internationale, comme Ban Ki-Moon l’a proclamé mercredi à l’hôtel Carlton. Suite d’ailleurs au «coup d’Etat »   de 2009, Madagascar a été mis au ban des nations et a été privé de crédits internationaux pendant toute la transition. En dernier lieu car le récent exemple du Brésil, avec la destitution de la présidente Dilma Roussef, a frappé les esprits et hante l’imagination à Madagascar. D’autant que cette déchéance n’a pas été dénoncée par les grandes puissances, notamment en raison de son caractère pacifique et conforme à la Constitution.

En tout cas, pressée de voir une résolution de déchéance surgir à l’Assemblée nationale, l’opposition ne se préoccupe pas encore des écueils contre lesquels l’initiative pourrait se heurter et faire naufrage. D’abord la tendance du régime à user de généreux pots-de-vin pour soudoyer les députés. De cette manière, la majorité requise lors du vote pourrait ne pas être atteinte. Notons que les manigances du régime sur ce terrain ont été évidentes l’année dernière, lors du vote de censure contre le gouvernement Ravelonarivo. Ensuite l’inclination naturelle de la Haute Cour Constitutionnelle à prendre le parti du régime, et à faire échec aux opérations hostiles de l’Assemblée nationale. Rappelons que l’année dernière, une motion de déchéance contre le président Hery Rajaonarimampianina, votée par 121 députés contre 4, a été de façon incompréhensible invalidée par la HCC. Il est vrai que nommé personnellement par le chef de l’Etat, l’actuel président de la HCC ne peut que renvoyer l’ascenseur. L’homme vole donc au secours de Hery Rajaonari-mmpianina, sans honte ni scrupule…

Il reste que la conjoncture est marquée par un ras-le-bol presque généralisé à l’endroit du président Hery Rajaonarimampianina. D’où cette quête effrénée de la méthode pour le bouter hors du palais d’Iavoloha. (Lire également, article par ailleurs)

                  A.R