Dans quel domaine le régime Rajaonarimampianina se distingue-t-il surtout ? Dans le domaine des nominations aux hauts emplois de l’Etat, et non dans celui de la promotion du niveau de vie de la population. Lors du conseil des ministres d’hier qui s’est déroulé au palais d’Iavoloha, il y eut 76 nominations (et abrogations de nomination). La lecture du communiqué fut hier soir interminable sur les médias officiels, les chaînes privées se moquant de ce genre de document sans réel intérêt informatif et qui ennuie le public. Dans ce texte fleuve, il n’y eut qu’une seule tête connue : celle de Charles Maurin Poty, nommé directeur des Arts et de la Promotion artistique au sein du ministère de la Culture, dirigé par Jean-Jacques Rabenirina. L’homme a déjà occupé ce poste en 2008-2009, sous l’ère Ravalomanana, dans le ministère conduit par Patrick Ramiaramanana. Rappelons que Charles Maurin Poty, auteur et compositeur s’est distingué en 1973 par un titre qui allait stationner pendant plusieurs semaines au sommet du hit-parade : «Tatiandro jaloko ». C’est-à-dire à une époque où la plupart de ceux nommés hier n’étaient pas encore nés… Il est également le fondateur d’un groupe très apprécié en son temps, Feon’Ala. En janvier dernier, Charles Maurin Poty fut nommé directeur de l’Omda (Office Malgache de Droits d’Auteur) par le pool des artistes et compositeurs. Il s’attelait à l’audit de cette instance controversée quand il bénéficia de la nomination d’hier. C’est donc une personnalité culturelle unanimement reconnue qui a été nommée directeur des Arts et de la Promotion artistique.
Deux remarques sur les nominations de l’actuel régime : d’abord, on privilégie la promotion de personnalités peu connues et dénuées d’une réelle expérience, y compris dans l’Armée et la Défense. Ceci explique pourquoi le régime ne fait que tâtonner en près de trois ans de présence à la barre. Ensuite, l’avalanche torrentielle de nominations provoque beaucoup de confusion: ceux nommés entrent en fonction alors que ceux remplacés bénéficient encore du titre dans les dossiers de la Fonction Publique. Résultat: les évincés jouissent pendant des années des avantages liés au titre, comme le salaire, les indemnités et primes, les véhicules et logements de fonction etc. Bref, les nominations aux hauts emplois de l’Etat fabriquent en quantité industrielle des « fonctionnaires fantômes ».
A.R
