L’entreprise individuelle (EI) est le statut juridique le plus adopté par ceux qui créent des entreprises. Et il n’est pas rare que les entreprises classées dans ce statut sont des Micro, des petites et moyennes entreprises (MPME), un des piliers de l’économie. Seulement, il faut disposer d’un fonds conséquent pour démarrer une activité, même si l’on choisit le statut d’entreprise individuelle. Ainsi, ceux qui créent une EI injectent en moyenne 4 691 000 Ar ou près de 4,7 millions Ar, selon les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT) pour le 4ème trimestre 2015. C’est un montant énorme pour un pays dont 93% de la population sont pauvres et 52% extrêmement pauvres. La moyenne annoncée plus haut est l’équivalent du revenu d’un pauvre sur plus de 2 années ou plus précisément sur environ 750 jours ! Et selon le Doing business 2016 de la Banque mondiale, le coût de la création d’entreprise à Madagascar représente près de 44% du revenu par habitant. La moyenne en Afrique subsaharienne est certes de 53,4% mais il n’empêche que Madagascar est le 5ème pays le plus pauvre au monde.

Créer une entreprise sur la Grande Ile se présente ainsi comme un grand défi, souvent très difficile ou impossible à relever. L’accès au financement est parmi les principaux obstacles. Le système financier est dominé par les banques commerciales dont la vocation n’est pas de promouvoir la création d’entreprises, mais d’aider des entreprises déjà existantes. La microfinance va pour la plupart dans le même sens. Le pays ne dispose pourtant pas d’une banque de développement censée répondre aux besoins des porteurs de projets et de créateurs d’entreprises. Ce qui signifie que soit, ces investisseurs potentiels doivent faire de longues années d’économies pour ouvrir leur boîte, soit ils doivent s’appuyer sur des amis et proches. Mais cette deuxième option n’est pas la plus facile dans la mesure où la pauvreté gagne la quasi-totalité des ménages. Même ceux qui ont un niveau de revenu relativement aisé s’appauvrissent. Dans un tel contexte, créer une entreprise n’est pas du tout aisé à Madagascar. Or, c’est une des approches pour lutter contre la pauvreté puisque l’entreprise crée des emplois et de la richesse.

Via ces emplois, elle permet à des chômeurs d’entrer dans la vie active. Et selon les données officielles, le chômage déguisé (sous-emploi et emploi inadéquat) concerne plus de 80% de la population active. Seulement, la création d’entreprises fait face à de nombreux problèmes dont financiers. Suivant le Doing business 2016, Madagascar a même perdu en une année seulement 16 places dans ce domaine : il est passé du 112ème rang en 2015 au 128ème cette année. Pour 2017, les autorités concernées ambitionnent d’améliorer nettement le rang de Madagascar. Il faut attendre pour voir. Il fut un temps où le pays a figuré parmi ceux qui ont effectué des réformes majeures en matière de création d’entreprises en Afrique subsaharienne. Et à l’heure où il est censé avoir recouvré l’ordre constitutionnel et l’appui des bailleurs de fonds, il régresse !

Fanjanarivo