Trafics en tous genres, détournements de trafic sur la liaison Madagascar-France par les compagnies desservant le pays, racket des passagers à Ivato et on parle plus de l'annexe B dans lequel se trouve Air Madagascar depuis cinq longues années. Pourquoi ? Cette question qui a été posée par la presse mauricienne lors de la découverte des bébés tortues en provenance de Madagascar, la semaine dernière, semble avoir réveillé les esprits. La douane a dénoncé le canal par lequel les trafics illicites sont organisés sans passer par le circuit de contrôle: un véhicule autorisé passe par la zone industrielle pour accéder directement aux avions pour charger les colis, une combine existant au niveau de l'enregistrement pour les talons de bagage.

Ce n'est peut-être pas le seul canal et, les trafics ne sont pas les seuls maux qui rongent Ivato qui est le symbole de l'aviation civile à Madagascar. Et les spécialistes sont clairs: réhabiliter Ivato en tant qu'aéroport digne de ce nom, signifie réhabiliter l'Aviation Civile de Madagascar dans ses fonctions. D'apres nos spécialistes, l'ACM est le patron et la seule autorité regulant le secteur des transports aériens à Madagascar. Ce n'est pas une entité de plus aux côtés de l'Adema, la Police aux frontières, la Gendarmerie et la Douane. A-t-on compris l'ACM? Nos spécialistes expliquent.

Il fut un temps ou l’Aviation Civile de Madagascar était reconnue pour son professionnalisme et son excellence, où ses cadres allaient à l’étranger assister d’autres pays à se développer dans ce domaine : que ce temps est loin ! Aujourd’hui, fichée à l’annexe B depuis plusieurs années, incapable de se réformer, avec un directeur général qui fait la risée du monde aéronautique, des inspecteurs qui n’en sont pas, une sécurité littéralement inexistante, une formation déficiente, une régulation absente, peut-on dire encore que l’ACM existe à Madagascar ?.

Pourtant notre pays est la Grande Ile, et sans une aviation civile performante, nous ne pouvons pas nous développer correctement. Les faits des dernières années ont mis en évidence l’incompétence et le laxisme de notre ACM. Mais en fait qu’est-ce donc qu’une vraie Aviation Civile et quel est son rôle ?    

“Sûreté et sécurité” quelle différence ?

La sûreté se rapporte à la protection des personnes, du fret, des installations et des matériels contre les actes malveillants, criminels ou terroristes.

La sécurité, elle, relève du respect des règles d'exploitation des aéronefs et des installations par les personnels qui en ont la charge.

D’abord, l’aviation civile est responsable de la sécurité et de la sûreté aérienne. A travers notamment la mise en place de procédures de certification, d’agréments et de contrôle, ce qu’on appelle la sécurité, elle devrait aussi assurer un haut niveau de sécurité, notamment dans l’écoulement du trafic. Heureusement pour nous, l’ASECNA est là !

De plus, ce service de l’Etat veille à la sûreté, c’est-à-dire la protection de l’aviation civile contre tous les actes malveillants parmi lesquels figure le terrorisme.

Au-delà de ces missions fondamentales, et dans un mode moderne, l’aviation civile doit également accompagner, diriger, promouvoir un développement durable du transport aérien. Elle devrait régulièrement converser et harmoniser avec les compagnies aériennes, elle devrait assurer l’harmonie de tous les intervenants sur les plateformes de notre pays au sein d’une organisation fluide et efficiente : Services de l’Etat, sous-traitants, opérateurs etc : bref elle devrait jouer son rôle de régulateur et de superviseur !

Elle est l’organisme régalien de l’aéronautique, les services PAF / Gendarmerie/ DOUANES / ADEMA sont mis à sa disposition pour accomplir sa mission, dont elle est la seule responsable.

En bref notre Aviation Civile devrait être à la fois une autorité réglementaire, un pôle de surveillance de la sécurité, un prestataire de services et de formation, un coordinateur des actions des forces de police de gendarmerie et des douanes, un vrai partenaire des acteurs aéronautiques. Elle devrait être la garante de la sécurité et de la sûreté du transport aérien malgache ainsi que des équilibres entre son développement et la protection de l’environnement, si essentielle à notre Grande île.

C’est la grande leçon que nous aurions dû tirer du colloque que l’OACI avait fait l’honneur de demander à Madagascar d’organiser. Or on se souvient du désastre généré par notre ACM…et la honte qui rejaillit sur notre pays avec les déclarations intempestives de l’ex ministre des transports et du DG actuel !

Promouvoir le secteur

Bien entendu, notre aviation civile est tout à fait incapable, dans son état actuel de dégénérescence, d’inscrire son rôle et celui de notre pays dans un contexte international : bref nous ne sommes pas pris au sérieux, et ce n’est pas une surprise ! Madagascar a besoin d’une aviation générale dynamique, vecteur de développement touristique et économique : il suffit pour cela de regarder nos voisins Maurice, Les Seychelles et leur développement spectaculaire de ces dernières années, non seulement en nombre de visiteurs, mais aussi en bénéfices de leurs compagnies aériennes nationales respectives, en entrées de devises, en essor économique et social pour s’en convaincre. Or notre ACM est totalement incapable de promouvoir également ce secteur avec son manque de savoir- faire et son cadre de gestion inadapté.

Enfin une aviation civile digne de ce nom devrait être garante de la qualité de la formation aéronautique dans notre pays. Or le constat est malheureux : malgré le pléthore de jeunes universitaires malgaches, nous manquons cruellement de techniciens et de cadres de l’aviation civile et la vieille garde actuelle montre un triste visage de népotisme, d’incompétence et d’immobilisme ! C’est que notre ACM ne fait rien pour promouvoir les métiers de l’aviation et la formation des jeunes. Or la politique sociale et le dialogue social sont l’un des vecteurs sensibles pour la conduite du changement que l’ACM actuelle est incapable de concevoir et encore moins de gérer. Nous avons perdu le savoir-faire exceptionnel envié de beaucoup de nos voisins, qui un temps fut le nôtre !

OUI, le constat est inéluctable et accablant : notre Autorité de l’Aviation Civile si on peut encore l’appeler ainsi, est, aujourd’hui décidément bien malade.