Les zébus se raréfient à une vitesse supérieure dans l’Amoron’i Mania. Des paysans de la région expliquent : « Les zébus sont raflés par les « dahalo » et il est de plus en plus rare d’en apercevoir sur les pâturages. Ce phénomène s’amplifie depuis plusieurs mois à cause de la grave montée de l’insécurité. Nous craignons de ne plus pouvoir louer des zébus pour les travaux rizicoles des prochaines campagnes culturales. Et si nous avons la chance d’en trouver, il sera sûr et certain que la location coûtera les yeux de la tête. Et ce ne sera pas du tout à notre portée. Sans les zébus pour ameublir les rizières, il ne faut pourtant pas compter sur des bonnes récoltes ». En effet, la mécanisation est loin de gagner cette région comme tant d’autres, sauf les grandes zones agricoles. Avant le repiquage donc, les zébus sont indispensables pour ameublir le sol et faciliter le repiquage ainsi que l’enracinement des jeunes pousses de riz. Mais sans ces animaux, il est hautement improbable de compter sur la force humaine pour se substituer aux zébus. De plus, cette option coûtera très chère puisqu’il faut toute une foule et beaucoup de temps pour ameublir le sol.

Quant à la mécanisation, les matériels agricoles sont encore trop chers pour les paysans pour qu’ils puissent en acquérir. Autrement dit, les « dahalo » compromettent gravement la riziculture dans l’Amoron’i Mania. Outre les travaux, les zébus sont également indispensables pour l’engrais. Déjà que cette région, surtout la plus peuplée, est connue pour son sol pauvre, la raréfaction des zébus aggravera la situation. L’engrais chimique ou biologique mais industriel dont le kilo est à partir de 3 000 Ar n’est pas une option envisageable dans un contexte de pauvreté marqué par un revenu quotidien inférieur à 6 000 Ar. Et si on parle de milieu rural, le revenu quotidien est encore inférieur à cette moyenne nationale. En effet, le salaire d’un journalier varie de 2 500 à 3 000 Ar dans l’Amoron’i Mania selon les sexes, les femmes étant moins privilégiées que les hommes. Quoi qu’il en soit, la riziculture va rencontrer de graves problèmes dès la prochaine campagne. De quoi aggraver l’insécurité alimentaire dans cette région. A titre de rappel, 64% des enfants y souffrent d’un retard de croissance dû à la malnutrition chronique, alors que 43,7% sont affectés de l’insuffisance pondérale, selon les données de la FAO.

De plus, près de 69% de la population risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire. Par ailleurs, l’Amoron’i Mania est au 4ème rang des régions qui enregistrent le taux le plus élevé de pauvreté selon l’enquête sur le suivi des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). La pauvreté y touche 85,5% de la population si la moyenne nationale est de 73%. Bref, la situation n’est pas reluisante et les « dahalo » ne sont pas là pour arranger les choses. Ils ne sévissent plus uniquement dans la partie ouest réputée rouge depuis des lustres et où ils règnent en maîtres. Les « dahalo » ratissent également des communes de la zone sud dont Ivato-centre, Antoetra, Ambatofitorahana. Il faut remarquer que 3/4 de la population se concentrent sur la zone est, soit sur le 1/3 du territoire. Cette zone au sol pauvre est relativement paisible mais les « dahalo » commencent à l’exploiter. Quant à l’ouest où les terres cultivables sont vastes et fertiles, les « dahalo » ne se contentent plus de rafler les zébus. Ils commettent des actes de barbarie comme le fait de découper au couteau des femmes enceintes, enlever et violer des jeunes filles et des femmes tout en exigeant des rançons de leurs familles…

Fanjanarivo