Branle-bas de combat, hier en début de soirée, dans les plus hautes instances de l’Armée, de la Gendarmerie et de la Police.

D’importants détachements de l’Emmo-Sécurité furent, en effet, envoyés en catastrophe sur certains sites sensibles pour les sécuriser. Les plus voyants furent ceux déployés autour des sièges de la radio et de la télévision nationales (Rnm et Tvm), à Anosy. Selon de fortes rumeurs, une tentative de coup d’Etat a été engagée par des factions armées hostiles, avec une escouade de militaires qui a déjà pénétré à l’intérieur des stations officielles.

Il n’en fut rien néanmoins, car à Anosy, il n’y eut aucun coup de feu, et on n’assista à aucune évacuation de putschistes par les éléments loyalistes. Cependant, le secteur fut sévèrement quadrillé par les forces de l’ordre, avec contrôle et fouille des individus qui tentaient d’accéder au site interdit (en fait, souvent des résidents de la cité d’Ampefiloha qui rentraient du travail). En tout cas, il n’y eut pas d’effervescence à Anosy, et d’ailleurs les émissions de Rnm et Tvm se déroulèrent normalement, sans mention des rumeurs de coup d’Etat et de la forte mobilisation de militaires dans le quartier.

Y eut-il une tentative de putsch qui a été déjouée ? On ne le sait, mais la réaction de l’état-major fut des plus vives. Il est vrai que les circonstances d’hier se prêtaient parfaitement à un coup de main : le président Hery Rajaonarimampianina se trouvait à Singapour, tandis que le Premier ministre, Olivier Mahafaly, était en tournée à Ambanja (région Diana). L’alerte ayant été donnée, l’état-major a mis en branle le protocole prévu à cet effet, même en l’absence de preuve: déploiement de militaires autour des sites sensibles, la radio et la télévision nationales, mais aussi les deux palais présidentiels, la Primature, les sièges de l’Assemblée nationale, du Sénat de la HCC, etc.

A quoi attribuer cette réaction  vigoureuse qui a mis en émoi la capitale ? Peut-être car les chefs militaires voulaient démontrer leur capacité de réaction en cas d’initiative hostile, mais surtout leur loyauté et leur fidélité au régime en place. Peut-être aussi car l’Armée, la Gendarmerie et la Police sont sur les nerfs avec les événements de ces derniers jours. D’abord, la multiplication des grèves qui semblent dirigées contre le régime. Ensuite, l’ «insolence » au CCI Ivato où la prise de parole du chef de l’Etat ayant été annoncée, des officiers de l’Armée firent un tapage de sifflets, de cris et de rires… Peut-être, enfin, car les trois corps du maintien de l’ordre sont désireux de voir leurs ressources grandement augmentées, surtout à l’approche des sommets internationaux de la fin de l’année.

Rappelons que peu avant les élections de 2013, ils ont soumis à l’Etat une facture de 15 milliards d’ariary (réduite ensuite à 7,5 milliards) pour sécuriser la série de scrutins. Pour assurer la pérennité du pouvoir actuel, les corps en uniforme pourraient avancer une addition conséquente au titre de « fonds spécial pour la défense du régime ». Il s’agit là de tâches naturelles qui incombent aux forces armées, mais lâché par le gros de la population, Hery Rajaonarimampianina n’a rien à refuser aux officiers de l’Armée…

A.     R.