La privatisation de la compagnie aérienne nationale semble être en marche. Des discussions auraient démarré pour permettre à son homologue mauricien, en l’occurrence Air Mauritius, de devenir un partenaire stratégique d’Air Madagascar. L’idée est d’aider cette dernière à redresser sa situation financière intenable. Pour l’heure, les détails d’une éventuelle entrée d’Air Mauritius dans le capital d’Air Madagascar ne sont pas encore connus. N’empêche, l’entrée en lice d’un partenaire stratégique dans une situation telle que vécue par Air Madagascar, pourrait déboucher sur la privatisation. En réalité, l’Etat malagasy, actionnaire majoritaire d’Air Madagascar, sait manier l’art de tout couler ce qu’il doit gérer. C’est déjà le cas avec les affaires nationales. Le récent bilan implacable du secrétaire général des Nations unies le prouve : corruption généralisée, trafics en tous genres, non respect des droits de l’homme, faible croissance, malnutrition, système éducatif en déroute… Et la profonde crise d’entreprises à participation de l’Etat comme Air Madagascar et la Jirama vient s’ajouter à cette longue liste de mauvaise gouvernance qui semble être le sceau du régime Rajaonarimampianina.

Air Madagascar souffre depuis des lustres, sans parler du non respect de la loi concernant les pilotes syndicalistes non encore intégrés à leur poste respectif. Certes, une éventuelle ouverture du capital a été annoncée par Léon Rajaobelina, le PCA de la compagnie dès son arrivée à ce poste en 2015, mais si l’Etat perd le contrôle sur cette société, serait-il encore possible de parler de compagnie nationale ? L’entrée d’un partenaire stratégique pourrait toutefois amener vers cette perte de contrôle vu les difficultés de la compagnie. Sous la transition, le directeur général du Trésor d’alors a déployé des efforts pour assainir la gestion des entreprises à participation de l’Etat. Il a suggéré de céder au privé 51% des actions de ces entités. L’Etat devrait donc ne détenir que 49% sans pour autant en perdre le contrôle. L’idée est de permettre à ces sociétés de se développer, tout en répondant au concept de service public. Mais il est rare que l’Etat écoute ses techniciens, si brillants soient-ils. Par contre, il s’empresse de s’exécuter dès que les conseils proviennent des bailleurs de fonds. Et dans la plupart des cas, ces conseils sont des conditionnalités pour le décaissement d’aides.

Si on revient à Air Madagascar, rappelons qu’un appel à manifestation d’intérêts a été lancé il y a quelques semaines à l’endroit de 25 compagnies du secteur dont Air Mauritius. Cette dernière aurait l’intention de soumettre une offre et un de ses hauts responsables était déjà à Antananarivo, il y a quelques semaines de cela. Une équipe de techniciens d’Air Madagascar était à Maurice tout récemment pour voir de près les domaines de collaboration possibles entre les deux compagnies. En réalité, le transport aérien à Madagascar est depuis longtemps dans une zone de turbulences. Des observateurs s’interrogent sur le patriotisme des dirigeants malagasy qui voyagent tout le temps et qui peuvent constater la qualité de la flotte des autres compagnies, des infrastructures et des services aéroportuaires : « Ont-ils les yeux bandés pour ne pas s’apitoyer sur la réalité malagasy et la changer ? Car après un voyage à l’étranger, on ne peut qu’être triste face à l’aéroport d’Ivato, dépassé par le temps ! » 

Fanjanarivo