Al Njoo. Retenez bien son nom car cet homme va peut-être jouer un rôle très important pour le pays dans les mois et les années à venir. C’est, en effet, avec le groupe dirigé par cet homme d’affaires asiatique que l’Etat malgache a signé un mémorandum définissant la coopération entre les deux parties.
Al Njoo a une longue carrière dans les finances et le pétrole en Asie et en Amérique du Nord. Il est à la tête d’une entreprise dénommée Benchmark Group Pte qui est basée à Singapore, une société d’investissement comme il en existe des centaines dans cette ville-Etat du continent asiatique. D’après l’un des journaux du régime, c’est notre vice-ministre des Affaires étrangères, Bary Rafatrolaza, qui a signé le protocole d’accord avec Benchmark Group Pte, sous l’œil bienveillant du président Rajaonarimampianina. Et pour cause !
Al Njoo est la nouvelle cartouche tirée par le Chef de l’Etat pour cibler les investisseurs et leurs capitaux qui peinent à venir dans la Grande Ile. Le contenu de ce mémorandum (autre que celui signé avec Singapore Cooperation Enterprise sur la planification, le renforcement des capacités et le développement des PME) relèvera comme d’habitude du domaine du secret d’Etat, l’activité du groupe et surtout l’omniprésence de M. Njoo aux côtés du président Rajaonarimampianina sont cependant suffisamment éloquentes pour étayer cette affirmation. Aussi bien lors de la conférence de presse que lors de l’émission sur la chaîne de télévision CNBC International et pendant le forum, Al Njoo était toujours là pour appuyer les interventions de notre président de la République.
Al Njoo, en réalité, ne cherchait pas à seconder Hery Rajaonarimampianina. C’est plutôt l’homme d’affaires asiatique qui avait besoin du chef de l’Etat malgache pour montrer à la communauté d’affaires singapourienne qu’il avait bel et bel la caution de l’Etat malgache pour négocier en son nom. Bien qu’il n’ait pas été invité par les autorités de Singapore pour une visite officielle, le déplacement valait la chandelle pour Hery Rajaonarimampianina car quoique la communauté internationale dise le soutenir, notre président et le pays avec est littéralement en panne à cause d’une gestion catastrophique, d’une absence de vision et de moyens, les financements des bailleurs de fonds se faisant au compte-gouttes.
Al Njoo serait donc la voie providentielle pour espérer trouver des financements parallèles qui sous forme de capitaux qui sous forme de projets d’investissements. L’alternative Njoo est d’autant plus compréhensible qu’elle permet à notre gouvernement de poursuivre ses négociations avec le FMI dont un accord équivaut à un feu vert pour les autres organismes et pays bailleurs ainsi que les investisseurs. A cause de la Jirama, des dépenses extra-budgétaires et de la mauvaise gouvernance en général, les discussions demeurent cependant difficiles avec le FMI. Sur un autre plan pourtant, la capacité d’endettement de Madagascar nous permet de recourir à des crédits pas aux taux concessionnels de la Banque mondiale, de la Banque Africaine de Développement et du FMI mais à des taux acceptables. L’année dernière, on entendait du côté des milieux diplomatiques et d’affaires que le FMI ne serait pas contre si Madagascar empruntait jusqu’à concurrence de 400 millions de dollars. La non-objection, selon les termes consacrés, vaut-elle toujours aujourd’hui pour que le régime en place recourt à une société singapourienne ?
Al Njoo est-il la personne indiquée ? C’est plutôt la question qu’on doit se poser. Car si l’on suppose que la démarche réponde à la logique de mener en parallèle la recherche de financements parallèles et les négociations avec les bailleurs de fonds traditionnels, il fallait trouver pour Madagascar un interlocuteur fiable. A part d’être un homme d’affaires expérimenté, M. Njoo est rapporté comme étant un philanthrope. On se doute toutefois de ses capacités à vendre Madagascar dans les circonstances actuelles. Lui-même n’a pas pu lever des fonds pour financer l’exploitation du gisement pétrolier de Tsimiroro.
Al Njoo a, en effet, été administrateur de Madagascar Oil de 2013 à 2014. C’était la période de confirmation des évaluations et surtout des premières productions. En dépit de son expérience qui aurait dû profiter à Madagascar Oil, M. Njoo et Benchmark Group n’ont rien apporté. Sur la bourse de Londres où Madagascar Oil est cotée, les appels de fonds n’ont débouché à des levées de capitaux conséquentes. Comment un pays peut-il miser sur celui qui n’a même pas pu rien faire pour Madagascar Oil ?
Al Njoo, en tout cas, est très fort. Avec son lobby, il a réussi à faire recevoir le président Rajaonarimampianina par son homologue singapourien même si la visite ne répondait à une quelconque invitation d’Etat. D’après la presse gouvernementale, les deux présidents se sont entretenus durant une demi-heure à huis clos. On a certainement parlé du sommet Afrique-Singapore prévu en août. Mais n’importe quel élève des classes primaires ne croira qu’en 30 minutes, Hery Rajaona-
rimampianina n’ait pas parlé du dossier bois de rose avec son homologue singapourien. Qu’en est-il exactement Al Njoo ?
Salomon Ravelontsalama