A l’arrivée à pied de la cinquantaine de militaires, ce jour de septembre 2015, Rebaly n’a pas fui, contrairement aux autres hommes du village d’Ampasy. « Pourquoi courir ? Je ne suis pas un voleur de zébus, l’armée est là pour nous protéger, il faut les aider », a dit ce père de sept enfants à sa mère qui le suppliait de partir. A ses côtés, la sœur de Rebaly assistait à la scène. Larmes aux yeux, elle se souvient : « Le chef de l’unité lui a demandé son nom, l’a fait s’accroupir avec son neveu devant une maison, et sans explication, trois militaires, dont le chef, ont tiré et les ont abattus. » Les impacts de cinq balles, au niveau des cuisses, de la poitrine et de la tête, sont visibles sur le mur.

Les hommes en uniforme et béret rouge ne s’en sont pas tenus là. Ils ont décidé d’emmener une vingtaine de femmes et d’enfants dans la petite ville d’Ankazoabo, située à quatre heures de piste en 4 × 4 de Sakaraha, dans le sud de Madagascar. La sœur de Rebaly faisait partie du groupe. «Avec des branches d’arbres, des militaires frappaient par-derrière des femmes qui portaient leur enfant sur le dos », raconte-t-elle.

En chemin, le cortège a croisé cinq jeunes hommes de retour d’une cérémonie de circoncision. « Les soldats nous ont dit de presser le pas, mais en me retournant, j’ai bien vu qu’ils ont tué l’un d’entre eux, assure-t-elle. Il y avait une flaque de sang sur la piste quand nous sommes rentrés au village dans la soirée. »

Par Sébastien Hervieu du journal « Le Monde »

(envoyé spécial à Ankazoabo)