Interpellés par des sirènes et des klaxons, les piétons et les automobilistes de la capitale doivent s’effacer pour laisser passer les véhicules des chefs d’institution, des ministres et des parlementaires. Gare aux piétons et automobilistes qui auraient le mauvais goût de faire obstruction aux voitures et motos ouvreuses car un cortège officiel possède tous les droits au pays du non-droit. A travers leurs cortèges bruyants, les dirigeants veulent montrer qu’ils sont des hommes d’action et qu’ils travaillent tôt le matin et jusque tard le soir pour le bien de la nation. La démarche est stupide et pathétique puisqu’il n’y a pas plus d’embouteillages à 6 heures du matin qu’à 22 heures dans la capitale. On ne sait plus s’il faut dénoncer le zèle des personnalités politiques ou bien celui des policiers qui les escortent. Ces derniers se donnent une importance qu’ils n’ont pas et sont ridicules avec les lunettes noires qu’ils portent avant le lever du jour et après le coucher du soleil. Le travail des décideurs politiques, pendant la journée, est tellement lent, silencieux et insignifiant qu’ils ont besoin de compenser leur médiocrité. D’où l’utilisation abusive des gyrophares et des sirènes qui leur donne l’illusion d’exister. Dans quelques pays industrialisés, certains ministres et parlementaires se rendent sur leur lieu de travail à vélo, en bus ou en métro. L’efficacité, la discrétion et le respect de l’environnement sont leur credo, ce qui n’est pas le cas chez nous.  Etant donné que les affaires de l’Etat trainent, on en déduit que certains de nos responsables politiques roulent à vive allure parce qu’ils sont pressés de se remplir les poches ou parce qu’ils savent que les jours qui leur restent dans la sphère du pouvoir sont comptés.

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