3%. C’est la croissance attendue en Afrique subsaharienne pour 2016, suivant les dernières projections du FMI. En avril 2015 pourtant, cette institution financière internationale a prévu un taux dépassant les 6% pour cette année. Toutefois, la région est connue pour être l’une des rares à afficher une bonne croissance sur les 15 dernières années. Seulement, la donne change à la suite de facteurs exogènes. Citons le ralentissement général de l’économie des pays émergents comme la Chine, la baisse des prix des matières premières et l’augmentation des coûts des emprunts. Si la région affiche ainsi une croissance plus faible que prévue, il est fort probable que Madagascar n’en mènera pas large. Handicapé par différentes crises socioéconomiques et politiques, le pays doit d’ailleurs compter sur des institutions faibles car gangrenées par la corruption, le laxisme, la mauvaise gouvernance dont la mauvaise priorisation des dépenses publiques… Voilà pourquoi les secteurs stratégiques en matière de croissance ne disposent pas du budget nécessaire. C’est le cas pour la santé, l’éducation et le développement rural qui compte pourtant plus de 70% de la population active.

En revanche, aucune explication n’a été fournie sur l’explosion du budget de la présidence de la république : il est passé de 47,2 milliards Ar dans la loi de finances initiale de 2015 à 66,3 milliards Ar dans la loi de finances rectificative de la même année et à plus de 100 milliards Ar en 2016. D’aucuns savent que la présidence confie la réalisation de ses projets à un ministère dédié. Dans ce cas, rien ne peut expliquer la hausse continue de son budget. Il faut aussi relever le manque de volonté de l’Etat d’assainir la gestion des entreprises publiques. Cette attitude fait perdre plusieurs centaines de milliard d’ariary par an issues de la caisse publique. A côté pourtant, de nombreux secteurs souffrent de l’insuffisance de crédits qu’on leur alloue. Ces cas de figure démontrent la mauvaise priorisation des dépenses publiques. On peut aussi citer l’augmentation des dépenses de fonctionnement au détriment des dépenses d’investissement. Or, l’investissement privé ne décolle pas non plus faute d’un bon climat des affaires. 

Le résultat n’est pas ragoûtant : la croissance économique a été de 3,2% en 2015 et elle est prévue se situer à 4,5% en 2016. L’exécutif semble pêcher par trop d’optimisme avec cette prévision. Car même l’Afrique subsaharienne censée afficher une performance relativement bonne ne devrait enregistrer que 3% cette année. Malgré tout, le récent rapport du cabinet d’audit international Ernst & Young sur l’attractivité des pays africains en matière d’Investissement direct étranger (IDE) remarque que malgré le ralentissement de la croissance dans la région, les deux tiers de l'économie de l'Afrique subsaharienne progressent toujours à des taux supérieurs à la moyenne mondiale. Et la région demeurera en 2ème position en termes de rapidité de progression à l'échelle mondiale dans un avenir proche, après l'Asie émergente. Cette situation s’explique par l'augmentation du nombre de projets d'IDE en Afrique en 2015, augmentation intervenue dans un contexte où le nombre total d'IDE a diminué d'environ 5% dans le monde. Madagascar est loin de bénéficier de cette embellie continentale. Il est toujours à la traîne.

Fanjanarivo