Notre article à la une d’hier intitulé « le Président à Singapore : pour les financements parallèles mais aussi … » a intéressé les lecteurs et nous a valu beaucoup de commentaires favorables. Le voyage du président Hery Rajaonarimampianina à Singapour attire l’attention sur un fait : pour les officiels malgaches, l’Asie du Sud-Est est une zone où l’on se fait de l’argent facile. Cela est si vrai que dans les périodes de pénurie de liquidités, les dirigeants malgaches font toujours un saut dans cette partie du monde. Rappelons notamment le cas de Me Francisque Ravony, Premier ministre de 1993 à 1996, qui au début de son mandat a réalisé un périple en Asie du Sud-Est, posant même ses valises dans le Sultanat de Brunei (dans l’île de Bornéo). Cette principauté pétrolière ayant la réputation d’être l’un des pays les plus riches du monde. C’était du temps où le régime des Forces Vives, presque en cessation de paiement oscillait entre les institutions de Bretton Woods et les financements parallèles…
Pourquoi ce goût pour l’Asie du Sud-Est ? Surtout car les Etats (et les sociétés qui sont leur émanation) y sont peu regardants sur l’orthodoxie financière, et déboursent sans compter quand le jeu en vaut la chandelle. Rappelons les millions de dollars de l’île de Taïwan, ramenés à Madagascar dans de grosses valises, et qui devinrent l’un des « grands dossiers » sous le régime du Pr Zafy Albert. Rappelons également les 100 millions de dollars de la compagnie chinoise Wisco, remis à fonds perdus au régime de transition (2009-2014) en contrepartie de l’exploitation du gisement de fer de Soalala. Une partie de cette manne a servi à de grands chantiers utiles à la propagande du régime, comme les hôpitaux « aux normes », le Coliséum d’Antsonjombe ou le stade Maki d’Andohatapenaka. Ces travaux, estime-t-on, ont coûté tout au plus 5 millions de dollars, le reste du magot ayant disparu dans les poches des gros bonnets de la transition.
Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances et du Budget sous la transition a réceptionné le pactole remis par Wisco. Voici ses propos à l’époque, exactement le 26 décembre 2010 : « Le financement des projets sociaux présidentiels provient des 100 millions de dollars remis par Wisco, en contrepartie du permis minier. L’argent a été déposé à la Banque Centrale, qu’on ne vienne plus m’en parler… ». L’homme a répondu avec une irritation certaine aux questions insistantes de la presse… Qui sait, Hery Rajaonarimampianina est peut-être toujours hanté par ce jackpot facile de Wisco, une entreprise de sidérurgie chinoise qui n’a pas voulu intégrer l’Eiti (Initiative pour la Transparence et la Lutte contre la Corruption dans le Secteur Minier). Raison pour laquelle en se rendant à Singapour pour un voyage de contact avec le secteur privé, il a omis d’inclure dans sa délégation des opérateurs économiques, contrairement à ce qui se fait en pareille circonstance. Par contre, il a intégré dans sa suite de 20 membres le ministre chargé des Projets Présidentiels, de l’Aménagement du Territoire et de l’Equipement, et surtout celui des Mines et du Pétrole. Tant pis donc pour le secteur privé malgache, le voyage « économique » ne devait profiter qu’à l’Etat et surtout à ses dirigeants… La convention de coopération Singapour-Madagascar comporte des clauses secrètes, peut-être le montant des commissions et des contreparties en cas de cession de gisement minier. Notons que le fameux Al Njoo, avec qui le protocole de coopération a été signé, fut déjà dans l’île l’administrateur de Madagascar Oil, société qui opère dans l’exploitation du pétrole. Avec un régime qui n’a pas les mains propres et dont des dirigeants sont impliqués dans des affaires de corruption, le voyage de Singapour et la convention de coopération ne peuvent que provoquer des suspicions…
A.R