Le président Rajaonarimampianina s’est envolé pour la Turquie, où il devrait, à partir de ce jour, participer au Sommet Humanitaire Mondial d’Istanbul. Notre chef d’Etat y a été invité spécialement et s’y rend, comme d’ailleurs il se rend systématiquement à tous les sommets. Mais il ne claironnera pas sa présence pour une raison simple: Madagascar siègera à cette conférence au titre de pays pauvre qui sollicite l’aide humanitaire internationale. Hery Rajaonarimampianina comptera parmi les 50 chefs d’Etat (sur 193 pays membres des Nations Unies) et de gouvernement concernés par le thème et qui feront le voyage d’Istanbul. Non pas comme les présidents de la France et du Canada qui sont des donateurs, mais comme ceux du Burundi et de l’Afghanistan qui sont des demandeurs. Bref, un sommet qui nous fait honte, qui met notre amour propre à rude épreuve et qui n’est pas valorisant pour notre image.
Pourquoi Madagascar ne serait-il pas invité alors qu’après chaque passage de cyclone ou lors de chaque poussée de la famine (on dit malnutrition…) dans le Sud, le Premier ministre convoque les membres du corps diplomatique et lance un appel solennel à l’aide internationale ? Important bénéficiaire, Hery Rajaonarimampianina a été convoqué à Istanbul pour témoigner de l’intérêt de l’assistance humanitaire internationale. On ne sait s’il dira la vérité qui est la suivante: pays pauvre manquant de moyens financiers et matériels (en grande partie pour cause de corruption généralisée), Madagascar ne peut faire face aux besoins nés de l’avènement d’un cyclone ou d’une crise de malnutrition.
Le témoignage du chef d’Etat malgache servira à l’élaboration du « système humanitaire adapté aux réalités actuelles », objectif d’ailleurs de cette conférence. On notera qu’en sus des catastrophes naturelles à caractère climatique (cyclone, sécheresse…), Madagascar est aussi affecté par des phénomènes qui provoquent l’appauvrissement et la fuite des populations : l’action des dahalo, la déforestation, les méfaits des criquets migrateurs… En près de trois ans de présence au sommet de l’Etat, Hery Rajaonarimam-
pianina n’a presque rien fait pour éradiquer ces facteurs de crise humanitaire, ni pour éviter le recours à l’aide internationale. En situation d’urgence par exemple, la désorganisation règne tandis que les secouristes, déjà en nombre insuffisant, n’ont ni la compétence ni le savoir-faire exigés par les circonstances.
Si beaucoup de pays étrangers ne sollicitent pas l’aide internationale en cas de crise, c’est parce qu’ils ont organisé et entraîné les structures locales au sauvetage. Un sommet salutaire donc, qui pourrait inculquer à notre chef d’Etat les actions qui vont dans le sens de l’autosuffisance humanitaire. Il n’est pas trop tard, même au bout de trois années de présence à la barre…
En dehors des séances plutôt humiliantes (pour nous) sur l’assistance humanitaire en cas de cataclysme naturel, Hery Rajaonarimampianina n’aura guère voix au chapitre. La conférence se penchera surtout sur les populations victimes de conflit et qui sont contraintes de fuir. Mais l’homme pourrait de nouveau être un centre d’intérêt si on évoque les réfugiés qui par centaines de milliers cherchent à rejoindre l’Europe. En effet, on pourrait lui proposer en douce d’accueillir un certain quota de migrants. S’il accepte, l’aide humanitaire (en partie financière) internationale qu’il sollicite sera grandement augmentée. La Turquie, qui a officiellement invité Hery Rajaonarimampianina à Istanbul, est déjà gratifiée et pourrait inciter notre chef d’Etat à aller de l’avant…
- R.