Les départs pour le Liban, le Koweït et l’Arabie saoudite sont encore suspendus à la suite de la décision des responsables concernés. Mais des jeunes filles malagasy continuent à sortir du territoire pour aller travailler dans ces pays. C’est ce que des sources concordantes avancent. Elles confient également que ces candidates au départ ne peuvent partir sans quelques documents « officiels », lesquels coûtent la bagatelle de 3 millions Ar. Un montant trop élevé pour des candidates dont le revenu quotidien ne dépasse pas les 6 000 Ar. Or, il faut ajouter à ce pot-de-vin l’argent qu’elles doivent verser aux agences de placement. Au final, ces jeunes filles ne perçoivent pas de salaire pendant environ 3 mois pour payer tout cet argent. Elles doivent s’acquitter de leurs dettes, c'est-à-dire le pot-de-vin et l’argent des agences. Leur salaire tourne autour de 150 dollars ou environ 479 250 Ar par mois. Certes, il est supérieur au salaire minimum légal mais pour le gagner, il faut passer par la case « corruption » qui coûte chère, soit plus de 1,4 million Ar. C’est un montant plus qu’intéressant pour les ménages pauvres.
Et on ne doit pas oublier les problèmes rencontrés par la plupart des travailleurs qui migrent dans ces pays arabes. Citons les tortures tant physiques que morales, voire sexuelles. Ainsi, une employée de maison raconte que pendant 3 ans, ses repas étaient composés d’une tranche de concombre, d’une tranche de tomate et d’une petite tranche de pain. Elle est revenue au pays avec une silhouette comme celle d’un balai, tellement elle a maigri. A part la malnutrition, elle avait des horaires de travail très chargés allant souvent de 5h du matin jusqu’à 23h. Par ailleurs, certains patrons jouent au proxénète avec de belles jeunes filles qu’ils ont engagées comme domestiques. Ils les envoient dans des bordels ou dans des soirées privées moyennant d’espèces sonnantes et trébuchantes de la part des clients. Une mère et sa fille sont victimes de ce procédé. Ces victimes ne peuvent pourtant rien faire dans la mesure où leurs passeports sont confisqués par leurs patrons dès leur arrivée. Quant aux sorties et à la communication avec la famille, elles sont très restreintes.
En fait, le calvaire des travailleurs malagasy dans les pays arabes n’est pas encore terminé pour la quasi-totalité d’entre eux. Rares sont ceux qui ont la chance de tomber sur des patrons qui offrent des conditions de travail décentes. Malgré tout, des responsables corrompus n’hésitent pas à envoyer des compatriotes à l’abattoir. Car si les unes reviennent dans un cercueil, les autres ont le corps et l’esprit marqués à leur retour au pays. Des rumeurs circulent que des organes auraient été prélevés sur des morts rapatriés à Madagascar. Ce phénomène, s’il est avéré, serait-il le produit d’un trafic d’organes ou relèverait-il d’actes barbares de la part des patrons concernés ? La question ne trouve pas de réponse d’autant plus que l’Etat malagasy ne se préoccupe pas de ses ressortissants partis travailler à l’étranger.
Fanjanarivo