L’avion à réaction utilisé ces dernières semaines par le président Rajaonarimampianina fait couler de l’encre. Les commentaires sont d’abord partis de la presse, puis ont gagné le grand public qui en fait un centre d’intérêt dans les interventions radiodiffusées des auditeurs au téléphone. Le tapage a fini par intriguer l’Assemblée nationale qui, hier, par la voix du député Jean-Michel Henri (Mapar-Ambovombe), a annoncé vouloir ouvrir une enquête parlementaire sur l’aéronef. Selon cet élu, la loi de finances, votée en décembre dernier ne fait aucune mention de l’acquisition de cet avion. Si l’appareil a été acheté avec les fonds personnels du chef de l’Etat, des investigations devraient être entreprises sur l’origine de ces ressources. Et s’il s’agit d’un prêt consenti par un « ami » étranger, la contrepartie devrait être portée à la connaissance du grand public. En tout cas, selon ce député, un jet coûte des milliards d’ariary et toute la lumière devrait être faite sur son obtention. On sait déjà ce qui va se passer : si les limiers de l’Assemblée nationale se montrent trop mordants, l’avion sera renvoyé à son lieu de provenance et l’enquête n’aura plus de raison d’être…
En tout cas, des enquêteurs perspicaces ont retracé l’origine de cet aéronef et ont porté sur le Net leurs investigations. On peut reprendre ici les conclusions de Jeannot Ramambazafy, journaliste « on line » qui a un certain crédit dans les milieux de la presse et des réseaux sociaux. Selon lui, il s’agit d’un avion Falcon 900EX, immatriculé T7-ZOR, et qui est parti des Etats-Unis au début de 2016. L’appareil a passé de main en main et fut domicilié à Saint-Marin, petit pays d’Europe qui, en quelque sorte, admet le pavillon de complaisance. Il fit pour la première fois son apparition à l’aéroport d’Ivato début mai 2016, et semble avoir transporté la suite du président Rajaonari-
mampianina à Singapour. Ce jet intercontinental tri-réacteur a apparemment été acquis l’intercession de Henry Rabary-Njaka, ex-directeur de cabinet du président Rajaonarimampianina et ex-président du Conseil d’administration d‘Air Madagascar.
Habitué de l’aéroclub de Toussus-le-Noble, en région parisienne, l’homme se targue d’être compétent en aéronautique et dispose d’un carnet d’adresses fourni dans les milieux de l’aviation commerciale. Nous invitons nos lecteurs à visiter le site de Jeannot Ramambazafy, lequel s’est bien documenté sur l’itinéraire de ce jet qui semble être aujourd’hui une propriété du président Rajaonarimampianina.
On ne sait trop pourquoi le chef de l’Etat a fait l’acquisition de cet avion dont le prix (d’occasion) est estimé à au moins un million de dollars. Peut-être car il réalise de plus en plus de voyages « long courrier » (ces derniers mois New York, Sydney, Paris, Singapour, Istanbul, etc) et a décidé de se doter de l’appareil ad hoc. Peut-être aussi car en vue des prochains sommets (Comesa et Francophonie), il souhaite faire jeu égal avec les chefs d’Etat hôtes, dont beaucoup sont pourvus d’un avion personnel. Lors de l’atterrissage d’un président étranger, le Falcon 900EX (portant l’inscription « Président de la République de Madagascar») sera garé en bonne place sur le tarmac d’Ivato, de façon à s’imposer à la vue de l’illustre invité…
Signalons qu’une initiative semblable a causé en 2009, la perte du chef d’Etat Marc Ravalomanana. L’homme s’est doté d’un Boeing 737, baptisé Air Force II, pour ses déplacements à l’étranger. L’appareil, d’un coût astronomique et d’un luxe inouï, fut mal accueilli dans un contexte de pauvreté grandissante. On s’en servit d’argument pour discréditer le chef de l’Etat et obtenir son départ. Ne tirant aucune leçon du passé, Hery Rajaonarimampianina s’est acheté un appareil qui va alimenter le mécontentement populaire, alors que l’insurrection couve sous la cendre.
- R.