Effrayés par une situation qui évolue vers la désobéissance civile, les états-majors de l’Armée, de la Police et de la Gendarmerie ont entretenu hier la presse des mesures prises pour ramener l’ordre. Il est vrai que depuis l’appel à l’instauration d’une « ville morte », lancé par le colonel et sénateur Lylison René, c’est l’alarme dans les plus hautes instances civiles et militaires. Il a donc été annoncé hier que trois « trublions » ont été arrêtés hier matin à Ambohipo (ndlr: il s’agit des membres de comité de vigilance de fokontany qui ont érigé des barrages en travers des rues, interprétant de cette manière l’injonction lancée par le colonel Lylison).
Par ailleurs, les activités du colonel Lylison René seront surveillées en raison de leur caractère subversif. Les officiers titulaires de commandement ont enfin exhorté la population au calme et à ne pas se laisser entraîner par les « agitateurs » (ndlr : il s’agit notamment du colonel Lylison René).
En tout cas, face à l’inefficacité du régime et à la tendance des plus hauts dirigeants à s’adonner à la corruption, une situation pré-insurrectionnelle prévaut actuellement. Sous la cendre, la braise est attisée par les déclarations incendiaires des politiques et des leaders syndicaux, ainsi que par les commentaires acerbes de la presse.
Si la crise s’aggrave, le régime pourrait subitement proclamer la situation d’exception pour se donner des pouvoirs étendus. Notons que l’état d’urgence, l’état de nécessité et la loi martiale sont autorisés par notre Constitution. L’un et l’autre permettent des mesures comme la censure de la presse écrite et audio-visuelle (ou le blocage d’internet ou de certains sites), les arrestations musclées et perquisitions injustifiées (car décrétées par l’administration et non par la justice), la suspension des libertés publiques ou individuelles, comme la liberté d’expression, de réunion ou de manifestation.
Bref, la dictature pointe déjà son nez et pourrait bientôt imposer sa présence. Ce qui ne serait pas étonnant sous ce régime qui a de nettes tendances totalitaires, si on se réfère à l’interdiction des « manifs » et des dépôts de gerbe à Ambohijatovo et sur la Place du 13-Mai. Notons que l’état de nécessité nationale fut déjà instauré dans l’île en février 1975, après l’assassinat du colonel Richard Ratsimandrava, chef d’Etat et chef du gouvernement. La censure de la presse, instaurée à ce moment-là ne fut levée que vers la fin du régime révolutionnaire, en 1989.
- R.