Toavina Ralambomahay publie « Comparatif Madagascar-Maurice – Contribution au développement de Madagascar ». A la lecture de l’ouvrage, il ne fait aucun doute : ce livre devrait susciter un vif débat, notamment au sein de la communauté malgache de France, tant il désigne les maux et leurs causes par leurs noms, sans langue de bois. Et c’est tant mieux. Car Madagascar mérite qu’on parle d’elle avec vigueur, quelles que soient les opinions et analyses de chacun.

Comment Madagascar a tout raté. Derrière ce titre d’article volontairement provocant se cache une véritable question : que s’est-il passé, en soixante ans d’indépendance, pour que Madagascar s’enlise dans le sous-développement tandis que, dans le même temps, des territoires comparables progressaient à toute allure et sur tous les plans ? C’est pour apporter des réponses et des esquisses de solutions à son pays que Toavina Ralambomahay a publié Comparatif Madagascar-Maurice, Contribution au développement de Madagascar. Une démarche on ne peut plus judicieuse : après tout, si l’herbe est plus verte chez le voisin, il serait bon d’en connaître les raisons.

Madagascar et Maurice ont obtenu leur indépendance au cours de la même décennie (1960 pour la première, 1968 pour la seconde). A l’époque, la plupart des observateurs prévoyaient un avenir radieux à Madagascar alors que nombre de spécialistes (y compris un prix Nobel d’économie) annonçaient « la faillite »,

« l’explosion sociale » et « l’explosion démographique » de Maurice. Rien que ça !

Cinquante ans plus tard, force est de le constater : tous ces experts se sont complètement plantés ! Alors que Madagascar végète aujourd’hui aux derniers ranges des pays les moins avancés, Maurice, elle, a atteint un niveau de vie comparable à celui de l’Espagne et du Portugal.

Certes, ces deux pays ont des différences incontestables (en premier lieu desquelles, la superficie). Mais ils présentent également un grand nombre de similitudes : proximité géographique, colonisation, diversités ethniques et culturelles, appartenance à la communauté francophone… Du coup, Toavina Ralambomahay a voulu comprendre. Il a voulu identifier « les raisons ayant permis à l’île Maurice de passer en quarante ans de 200$ de revenus par habitant à 6300$ ». Pour ce faire, mais aussi pour tenter « d’extraire des éléments positifs pour Madagascar », l’auteur a étudié Maurice de très près. Pendant deux ans.

L’auteur, juriste de profession, insiste également sur la nature des institutions mauriciennes qui donnent une place, un droit de parole et une légitimité à une opposition politique « perçue comme une alternative en termes de projet de société et de ressources humaines ». Ainsi, l’alternance politique a toujours sa chance, chance à laquelle Madagascar n’a quasiment jamais eu droit autrement que dans la violence et/ou la pagaille.

Ce manque cruel d’alternance est cette instabilité politique, Toavina Ralambomahay semble la mettre tout en haut des raisons de l’échec quasi permanent de la grand île. Mais il serait trop facile de ne dénoncer que les institutions. Le destin d’un pays étant façonné par les hommes avant toute chose, l’auteur du livre ne se prive pas de dénoncer les erreurs ou les manquements de chacun.

Toavina Ralambomahay juge les élus de Madagascar insuffisamment formés, trop éloignés des citoyens et sans bases idéologiques clairement identifiées. Ce qui fait une différence énorme avec Maurice. Là-bas, « avant même qu’une personnalité politique soit élue, son profil, ses projets politiques, ses idées ou celles de son parti sont (normalement) déjà connues et ont déjà été discutées au sein de la population. »

L’indifférence et/ou la méfiance vis à vis de la politique à Madagascar s’explique par bien des causes. Le mot « politique », reconnaît Toavina Ralambomahay est d’ailleurs aujourd’hui perçu de façon très « péjorative» . Mais dans cette déconsidération, le peuple malgache n’est pas exempt de toute responsabilité. Le livre fustige à ce sujet deux catégories de malgaches. Ceux qui « pour enlever le pouvoir aux dirigeants, croient devoir aller sur la place du Treize-mai au lieu de suivre à la loupe le processus électoral » et ceux qui, à l’inverse et trop souvent, se contentent « d’accepter plutôt que de contester ».

Pour Toavina Ralambomahay, pas de doute

« Les intellectuels et diplômés ne font pas l’effort d’éduquer le peuple (pire, parfois, ils se demandent si ce peuple mérite d’avoir une voix). »

Le livre regrette à plusieurs reprises l’absence d’opinions tranchées dans le débat politique malgache. Un état de fait qui s’explique selon lui par une volonté de synthèse qui paralyserait tout. « Le consensus est constamment recherché. L’unanimisme est toujours un principe de gouvernement. Aucun régime n’a encore consacré l’existence d’une minorité, d’une opposition. »

Ce Comparatif Madagascar-Maurice n’apporte aucune solution miracle (mais qui en attend encore ?). Son principal mérite est ailleurs : il offre des pistes de réflexions intéressantes et invite à un examen de conscience collectif. En n’épargnant personne, en mettant des mots sur des maux, il ouvre un débat qui, espérons-le, débouchera un jour sur des décisions concrètes mais aussi sur un renouvellement des comportements et des habitudes : des institutions plus adaptées, des citoyens plus exigeants et vigilants, une société civile plus engagée et, rêvons un peu, en conséquence de tout cela, des politiques plus responsables, plus compétents, plus honnêtes.