D’importants détachements des forces de l’ordre ont été déployés dans le secteur d’Andohan’i Mandroseza, hier, lors de la perquisition opérée au domicile du colonel et sénateur Lylison René. Au terme de l’opération, dont la légalité est controversée, l’Emmo-Reg n’a trouvé rien de bien compromettant et a saisi trois appareils talkie-walkie à toutes fins utiles. Au-delà de la perquisition proprement dite, la presse et le public en général ont été choqués par le traitement fait à Michel Ralibera, journaliste de radio Antsiva. Alors que celui-ci rapportait en direct le déroulement de l’opération, des militaires en cagoule se sont emparés brutalement du téléphone portable qu’il utilisait. Ces hommes en uniforme ont consulté fébrilement diverses fonctions de l’appareil, comme l’envoi de messages, le répertoire des adresses et le capteur photos.

Au terme de la « fouille », le téléphone fut rendu à son propriétaire… Mais le reportage ne fut plus repris et les auditeurs furent privés d’informations importantes sur la perquisition. Notons, en effet, que radio Antsiva se fait un point d’honneur d’être toujours à la pointe de l’actualité, et rapporte en direct les événements les plus brûlants. Pour cette raison, la station jouit d’une audience consistante.

La confiscation de l’appareil de transmission d’information fut considérée comme une atteinte à la liberté de la presse et à une atteinte au droit d’informer et d’être informé. Pour cette raison, les associations de journalistes ont réagi vivement, dénonçant le méfait et réclamant des excuses publiques des auteurs de l’infraction. En fait, le régime se considère comme gravement menacé dans son existence, et commet des impairs, comme la perquisition au domicile d’un parlementaire en exercice, ou le retrait de l’équipement d’un journaliste en mission. Il est vrai néanmoins que ce régime a de nettes tendances totalitaires, et ne serait pas mécontent si la censure de la presse était rétablie. Rappelons qu’en 2014, il a arrêté et envoyé en prison deux journalistes de Madagascar Matin, et que l’année dernière à Fianarantsoa, ses hommes de main ont saccagé les locaux de radio Viva. Pour assurer la « stabilité » à laquelle il aspire, il souhaite certainement voir la presse d’opposition muselée et mise hors d’état de « nuire ».

Si les initiatives subversives, comme les grèves et les manifs, augmentent en nombre, il n’est pas à exclure que l’état d’urgence soit proclamé chez nous. Dans ces conditions, avec la réduction drastique des libertés publiques et individuelles ainsi que la censure de la presse, le régime se trouverait dans un contexte pour lui idéal. Personne, en effet, ne pointerait plus le doigt sur la corruption généralisée et l’implication des proches du chef de l’Etat dans les « affaires ». En tout cas, en raison des agissements des militaires hier contre le journaliste de radio Antsiva, Madagascar ne manquera de dégringoler dans le classement annuel de Reporters Sans Frontières ,sur la liberté de la presse.

En tout cas, on souhaite que cesse l’impunité des militaires dans leurs actes les plus répréhensibles. Comme le mitraillage des villageois et les exécutions sommaires dans le Sud. Comme aussi ces entraves à la liberté de la presse constatées hier, mais aussi lors des récentes « manifs », le 29 mars et le 13 mai. En sanctionnant sévèrement les auteurs de méfait, on améliorerait grandement le climat général de l’exercice de la presse à Madagascar.

  1. R.