Intox ! La réaction était anonyme, mardi soir, quand les rumeurs sur l'arrestation du colonel Lylison ont circulé comme une traînée de poudre. L'un des bras droits d'Andry Rajoelina est un sénateur et selon les dispositions légales, il ne peut faire l'objet d'une arrestation en pleine session parlementaire, comme c'est le cas aujourd'hui, sauf en cas de flagrant délit. D'aucuns pensaient alors que c'était une manipulation de la part des partisans de l'auteur du projet "ville morte" afin de monter la pression.
Hier matin pourtant, les forces de l'ordre ont procédé à une perquisition du domicile du colonel en vue de chercher des preuves de préparation d'un coup d'Etat qui permettraient d'établir le flagrant délit et l'arrêter. Parallèlement, de fortes rumeurs d'arrestation de personnalités de la transition mais aussi de leaders syndicaux circulent en ville comme si une arrestation pouvait se faire selon le bon vouloir des gendarmes et policiers.
Ceux qui sont au fait des procédures judiciaires savent que seul le Parquet ou le Tribunal est habilité à délivrer un mandat d'arrêt. Ce mandat est la dernière étape d'une procédure commençant par une convocation. Si au bout de 3 convocations, la personne ne se présente pas, un mandat d'amener est émis. C'est seulement après que les autorités judiciaires établissent un mandat d'arrêt.
Pareillement, une perquisition ne peut se faire sans un mandat délivré par le Parquet. Pour le cas d'hier matin, le Parquet reste cependant évasif en répondant aux questions de la presse s'il y a eu mandat de perquisition ou non. Le Parquet ne veut-il pas désavouer les forces de l'ordre qui assurent la police judiciaire?
En tout cas, tout cela rappelle la période socialiste durant laquelle on vivait littéralement dans un Etat policier. La politique de la terreur avait un double objectif: mater les contestations et détourner l'opinion. La grève des greffiers, les menaces de débrayage des personnels de la Jirama et de l'Instat, la revendication légale et légitime des leaders syndicaux d'Air Madagascar sont autant de foyers de tension qui avec la contestation généralisée peuvent tout faire exploser à tout instant. La campagne orchestrée par le régime est d'accuser les chefs de ces mouvements d'être de mèche avec les politiques qui fomentent un coup d'Etat. Au bout, on veut éliminer les opposants politiques et anéantir les mouvements sociaux.
Toute cette manoeuvre permettrait par ailleurs de détourner l'opinion de ce que le régime fait. Qui oserait s'enquérir du jet du président Rajaonarimampianina quand policiers et gendarmes acceptent de jouer le jeu de la terreur? Hier, ces agents ont arraché des mains de notre confrère de Radio Antsiva le téléphone avec lequel il transmettait en direct la perquisition du domicile du sénateur.
Qui oserait critiquer encore l'organisation du sommet de la francophonie malgré la misère ? Des rumeurs rapportent pourtant le décaissement de 300 milliards fmg par le Trésor pour le comité d'organisation alors que les salaires des fonctionnaires du mois en cours ne seraient pas encre virés.
Qui oserait se mettre en travers de la privatisation d'Air Madagascar? C'est, en effet, une privatisation qui est réalisée avec la recherche d'un partenaire dit stratégique qui devra s'amener avec de l'argent frais et des avions. Et personne ne le fera sans avoir l'assurance du contrôle de la compagnie, en plus clair la majorité des actions. Ne prenez pas les Malgaches pour des canards sauvages car ils savent ce qu'est une privatisation.
Veut-on cacher l'accord signé avec Al Njoo et Benchmark Group à Singapore? S'évertue-t-on à occulter ces centaines de milliards de dépenses extrabudgétaires "sans aucun contrôle", selon l'Inspection générale de l'Etat?
Tout cela n'est qu'une fuite en avant. En son temps, l'Amiral se croyait indéboulonnable. Pareillement, l'ultra libéral Ravalomanana faisait à sa guise sans se soucier de l'opinion. Un rien a suffi pour les destituer. Ce n'est´pas de l'intox!
Sa
