En arrachant le téléphone de la main du journaliste Michel Ralibera, l’agent des forces de l’ordre a cru bien faire. Ce zèle provient-il d’une initiative individuelle ou bien d’un ordre d’un supérieur hiérarchique ? On l’ignore. Le résultat est le même : le journaliste a subi une violence et voie de fait et la liberté de la presse a été bafouée. Cet incident n’est pas un simple fait divers. Il doit être vigoureusement dénoncé car il constitue une porte ouverte à de plus graves bavures. Si le journaliste n’avait pas lâché son téléphone, il aurait probablement reçu un coup de crosse, voire un coup de fusil. Faut-il attendre que l’irréparable soit commis pour s’indigner ? Le manque de sang-froid et de discernement de cet agent met en lumière l’extrême nervosité du régime qui méprise le droit de tout individu à l’information prévu à l’article 11 alinéa 1 de la Constitution. En s’emparant sans sommation du téléphone d’un journaliste, l’agent des forces de l’ordre a compris l’importance de cet outil mais, dans un même temps, il a effacé un moyen de preuves. Qu’est ce que les forces de l’ordre s’apprêtaient à faire, ou à dissimuler, pour en arriver à des tels extrêmes ? Le régime n’a pas intériorisé le fait qu’il a enlevé la plume du journaliste en lui ôtant son téléphone et que tout acte de répression policière, surtout à l’encontre d’un journaliste, peut être filmé puis diffusé instantanément aux quatre coins de la planète, à travers Internet. Le téléphone a été restitué au journaliste après plusieurs heures mais deux faits choquants subsistent. Tout d’abord, la saisie du téléphone a été opérée de manière arbitraire, c’est-à-dire sans mandat et sans le consentement du journaliste. Ensuite, il ne fait aucun doute que les SMS et courriers électroniques du journaliste ont été lus et que son répertoire de contacts a été épluché. Là encore, il s’agit d’une violation du secret de la correspondance qui est prohibée par l’article 13 de la Constitution. La dérive totalitaire à Madagascar n’est pas une vue de l’esprit. Elle est confortablement installée.
PN
