A titre de rappel, avant-hier, de très bon matin, le domicile du colonel-sénateur Lylison a fait l’objet d’un acte de perquisition perpétré par 300 éléments des forces de l’ordre armées jusqu’aux dents dont une bonne partie  en cagoule noire, donnant ainsi l’impression aux riverains qu’ils étaient à la poursuite d’un bandit de grand chemin et ennemi publique numéro un. Force est de constater que jusqu’à l’heure où j’ai écrit, le motif exact de cette fouille à l’improviste, considérée par les observateurs comme illégitime et sans fondements juridiques, demeure méconnu du grand public. Mais cela n’empêche pas les autorités à interdire, en bonne et due forme, le colonel de sortir du territoire de Madagascar et c’est jusqu’à nouvel ordre. Ce qui a suscité naturellement d’affluentes réactions un peu partout : critiques chez les uns, approbatrices chez certains et condamnatrices pour d’autres. Sauf chez nos élus les députés...mis à part Christine Razanamahasoa.   

Hier, interrogés sur cette affaire, la majorité des députés dans l’enceinte de la Chambre Basse de Tsimbazaza, ne serait-ce que par solidarité parlementaire, n’ont même pas donné la peine de réagir. Mais plus étrange encore, les réponses de ceux qui ont accepté d’être interviewés, par courtoisie, étaient presque les mêmes : « Je ne veux pas parler ». Comme si une instance hiérarchique supérieure leur avait donné ordre moyennant « quelque chose » de répéter cette phrase. Qui sait ? « People give nothing for nothing » comme disaient les Anglo-Saxons…En tout cas, c’est l’option la plus crédible puisque cette institution a déjà un passé chargé de corruption et de trafic d’influence tout azimut. Pis encore, par concours des circonstances, nous avons croisé sur place le député élu à Toliara I sous la couleur MAPAR qui s’est rallié au pouvoir et a été donc promu au grade de ministre, Maharante Jean de Dieu, mais sa réponse, avec une pointe de mépris en outre, était toujours la même que celles de ses autres camarades : « Je ne veux pas parler ».

Qui peut donc parler dans ce pays si les représentants du peuple sensés le faire à leur place, comme leur nom l’indique littéralement « solombavambahoaka », se laissent intimider ou acheter par le pouvoir?  Sûrement pas moi ni toi non plus d’ailleurs cher citoyen de seconde zone car même un journaliste, l’implacable Michel Ralibera, motivé par la noble mission de nous faire vivre en direct cet événement, a été brutalement interpellé par ces militaires assoiffés de guéguerres. Bref fallait-il rappeler que le seul crime commis, à mon sens, par le sénateur en question ne serait pas avant tout de vouloir tenir tête à ce régime Rajaonarimampianina qui ne cesse de développer ces derniers temps des tendances dictatoriales ? Et inciter par voie de conséquence le peuple à prendre ses responsabilités citoyennes ?

Rivo Raphaël Chreçant