Les magistrats sont déjà suffisamment irrités par ces donneurs de leçons de la société civile qui les accusent tous à tort et sans discernement de corruption généralisée. Voilà que pour des motifs qui n’obéissent à aucune règlementation et disposition précise, les membres du Conseil Suprême de la Magistrature envisagent de procéder à une affectation massive d’au moins 200 hauts fonctionnaires de leur corps. Mesure administrative qui ressemble un peu trop à une sanction disciplinaire abusive et qui provoque une réaction justifiée du syndicat des magistrats

Pendant les évènements de 1947 la justice coloniale a eu la main lourde afin de tuer dans l’œuf toutes velléités de se lancer dans un mouvement de libération nationale. Après l’indépendance, cette soif de justice et de liberté à la base d’une aspiration légitime au respect de la souveraineté nationale, au fil des ans avait servi d’incitation en faveur d’une lutte contre l’instrumentalisation des tribunaux par les autorités de l’exécutif. Coincés entre la détermination de secouer le joug et la pesante pression des compromissions politiciennes des dirigeants, les juges tentent d’imposer la rectitude dans un milieu pratiquement à la merci du juste de la clique des riches affairistes oppresseurs. Incapable de réagir sainement, seul le corps de la magistrature, qui se trouve figé dans ses obligations de réserves et le respect sacro-saint du prestige de la hiérarchie, n’a pas encore osé secouer l’attelage tyrannique des élus et courtisans des palais d’Etat qui au fil des régimes successifs s’est servi d’eux comme des laquais.

Pourtant considérés comme les remparts des veuves et des orphelins, ils sont réduits à se plier aux caprices illégales et déshonorantes d’un Pouvoir Exécutif souillé par toutes les compromissions inadmissibles et inacceptables, la magistrature de notre pays se trouve parmi la plus mal lotie des corps de la République. Toutes proportions gardées, du point de vue de la solde et autres avantages, comparés à leurs pairs fonctionnaires du ministère de la justice des pays voisins, les juges de Madagascar sont très mal payés. Ceux de l’île Maurice en sus d’émoluments très consistants qui les mettent à l’abri de la tentation des corrupteurs, ils ont droit également à des résidences dignes de leur statut, à des voitures de luxe exemptées de taxes douanières. Ici, une grande partie de la profession des gens de robe commencent à ne plus cacher leur colère quand ils constatent que certains d’entre eux se font taper durement sur les doigts et dans leur honneur (le cas de Jacquy Rabehaja   à cause de l’affaire de kidnapping de Toamasina) croupit toujours en détention dans les oubliettes. Au mépris des conventions internationales sur les droits de la défense son avocat lui-même n’aurait pas pu avoir accès au dossier le concernant. C’est comme si quelque part on cherche à éviter que certains vérités pas très reluisantes sur on en sait quelles personnalités en vue ne tombent sous les yeux des curieux. Pendant ce temps des véritables malfaiteurs en puissance se complaisent dans les allées du pouvoir avec toutes les prérogatives étatiques, les privilèges scandaleux et une immunité de fait. L’idée d’un mouvement de contestation commence à faire son petit bonhomme de chemin dans les couloirs des palais de justices et des tribunaux. « La coupe est pleine », disent-ils avec un air qui ne présage rien de bon pour les brebis galeux qui s’installent maîtres des céans dans ces drôles de bergeries d’Iavoloha, d’Ambohitsorohitra et d’Antaninarenina.

Des dossiers accablants sur les exploits malfaisants des mauvais dirigeants sont fins prêts et n’attendent qu’un claquement de doigts pour que justice soit faite. A ceux qui semblent l’oublier, souvenez-vous que : « Ce n’est pas toujours la fête au village… » Et que le jour où les juges diront à ces brebis galeux des allés du pouvoir : « Accusez levez-vous !» ne va plus tarder. Parce que l’ensemble du corps de la magistrature refuse d’admettre que pour des raisons bassement personnelles voire même revanchardes des vieux routiers de la justice soient mutés au bout du monde. Il se trouve aussi qu’on envoie des novices à la Cour Suprême alors que des anciens restent parfois plus de 10 dans les mêmes postes…Le comble dans cette grande valse inexplicable et inexpliquée, c’est la bonne administration de la justice qui en pâtisse. Pire selon des sources proches de la profession, « rien que pour les frais de déménagements et aménagements pour un minimum de 1.500Kgs de bagages seulement coûtent déjà très cher pour le budget de l’Etat. » Sans parler des désagréments, dérangements et perturbations familiaux que ne manqueront pas de causer ces déplacements en pleine période d’examens scolaires (CEPE, BEPC et BAC) pour les enfants de ces malheureux exilés.

Telle qu’elle se présente cette nouvelle source de friction entre les responsables centraux et les magistrats des juridictions périphériques, les prochains jours risquent ne pas être calmes surtout que les greffiers refusent encore d’enterrer la hache de guerre…En cas de jonction de deux contentieux c’est l’insomnie assurée pour les grands de ce monde…

N. Razafilahy