Lors des récentes perquisitions, réalisées à Andohan’i Mandroseza (colonel Lylison René), à Ambohibao (Mamy Ravatomanga) ou à Ambatomaro (Franck Legrand), les enquêteurs n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. En effet, les opérations furent infructueuses sauf chez le colonel Lylison René où trois postes talkie-walkie furent saisis. Mais chez un officier de gendarmerie qui a eu en charge des interventions de police, ces appareils relèvent-ils exclusivement d’un complot ou d’un coup d’Etat ? Les procès-verbaux de perquisition sont certainement bien légers et portent surtout la mention RAS (rien à signaler). Echec, donc, de ces opérations destinées à quêter des preuves pour établir une culpabilité.
La raison en est simple : ce régime, lourdaud dans toutes ses entreprises, n’est entré en action qu’après que le gibier ait été alerté. Agissant sans l’effet de surprise utile à la réussite de ce genre d’opération, il est revenu bredouille de sa chasse. Car avertis par l’alarme lancée surtout par la presse, les trois suspects ont eu d’abord le temps de soustraire les preuves (en supposant qu’elles existent) et de les déplacer en des lieux plus sûrs. Ensuite de se mettre à l’abri d’une éventuelle arrestation en fuyant à temps leurs domiciles. Aucun, en effet, n’a été coincé chez lui, les enquêteurs ont eu surtout affaire aux épouses et aux enfants.
Si les auteurs de perquisition ont présenté un mandat de perquisition, ils auraient pu aussi produire un mandat d’arrêt si les prévenus ont été surpris chez eux. Sentant la menace imminente, le colonel Lylison René a pris le large et s’est réfugié dans son bastion de la province de Mahajanga. Une arrestation en ces lieux aurait été problématique, le suspect bénéficiant de la sympathie et de la protection de la population, et surtout de beaucoup d’officiers de l’Armée originaires de cette province…
La maigre récolte d’indices faite lors des perquisitions ne peut donc étayer l’accusation d’atteinte à la sûreté de l’Etat, dirigée contre les trois prévenus. On a affaire à un régime gauche et maladroit, mais le retard est peut-être aussi intentionnel. Ces perquisitions spectaculaires visaient peut-être surtout à mettre en garde les intéressés. Rien de tel, en effet, que ces opérations tonitruantes pour lancer aux prévenus le message suivant : « Vous avez intérêt à rester tranquilles car on vous tient à l’œil ».
Le régime est certainement conscient de l’embarras que pourrait lui causer l’arrestation et l’emprisonnement d’un officier supérieur de l’Armée, d’un homme d’affaires bien installé sur la place, et d’un ressortissant français qui a des occupations licites. Même la Révolution socialiste, autoritaire et peu soucieuse de l’opinion publique, fut contrainte de prendre des pincettes pour mettre à l’ombre des comploteurs connus : elle organisa des procès en règle pour le commandant Richard Andriamaholison, officier supérieur de l’Armée, et Gaston Ramaroson, l’industriel dont la famille a fondé la Savonnerie Tropicale. Pour convaincre le public (et l’Armée) de la culpabilité de ces deux « conspirateurs », les audiences du tribunal d’Anosy furent intégralement retransmises en direct à la radio et à la télévision… On sait qu’en raison des pressions de toute nature, les peines de prison infligées à ces deux personnages ne sont pas allées jusqu’à leur terme.
Bref, ce régime pesant et amorphe fait grand bruit pour inciter au calme l’officier, l’opérateur économique et le restaurateur français. Il sait qu’en jetant en prison ces suspects délicats, il provoquera des remous qui peuvent causer sa propre perte…