L’opinion publique nationale comme les observateurs internationaux sont unanimes pour déplorer que la conduite des affaires étatiques soit tellement affligeante qu’ils peuvent plus taire leur indignation. Ce ne plus le ras-le-bol, mais c’est un véritable sentiment proche de la révolte qui se distille dans toute la société malgache (à l’exception bien entendu de cette classe de parvenus devenus des nababs par les jeux pervers de l’enrichissement illicite.)

Les dirigeants actuels sont convaincus que tous les contestataires, qui refusent de cautionner les actes de banditisme en col blanc commis par la plupart d’entre eux, ne sont que de vulgaires jaloux envieux de leur confort et de leurs biens mal acquis. Les discours et les petites phrases assassines du président de la République lui-même abondent dans ce sens, lorsque dans un ultime sursaut de civisme certaines personnes pourtant bien intentionnées s’avisent à critiquer ou à montrer le droit chemin dans la conduite des affaires de l’Etat. Traités de sales empêcheurs de tourner en rond, ces braves téméraires subissent les pires tracasseries administratives et les traitements dégradants imaginables (poursuites judiciaires, limitations de la liberté de se déplacer). Les traitements récents infligés au sénateur de Sofia et à l’un des hommes d’affaires le plus en vue de notre île, nous donnent une idée sur de quoi on est capable dans les allées du pouvoir. Les seuls torts de ces deux personnages ont été pour l’un d’avoir osé appeler des «voleurs des voleurs » au nom de son devoir de parlementaire et pour l’autre de « ne pas hurler avec les loups » comme ces jeunes chefs d’entreprises couards qui rampent aux pieds des dirigeants actuels jusqu’à lécher les bottes et finir par se mettre au cou cette corde pudiquement appelée la cravate bleu...

Après les prouesses mafieuses de proches parents du chef de l’Etat dans les secteurs miniers, les braderies illégales de plusieurs kilomètres carrés de périmètres nationaux dans des conditions obscures et douteuses, les populations de l’arrière-pays ne pouvant plus supporter davantage se lèvent pour lutter contre ces envahisseurs, soutenus par des personnalités hauts placées. De Mandritsara à Mananjary, l’étendard de la colère est levé et les habitants s’en prennent à ces étrangers qui ne respectent rien, ni les lois, ni les coutumes… Des autorités centrales et locales sont de connivence avec des pilleurs sans vergogne qui amassent des tonnes d’or, de métaux précieux et de pétrole, alors que déjà le Trésor public n’a droit qu’à des aumônes de la part de ces compagnies multinationales qui de Fort-Dauphin jusque dans la région de Diana ramassent sans aucun contrôle officiel des produits de très haute valeur commerciale. Qui a déjà vu un document officiel montrant un état de la situation des fruits trafiqués de ces permis de recherches qui deviennent en suite des autorisations d’exploitations sauvages ?

Aucun de ces ministres des Mines, du Commerce et de l’Industrie ne croit utile d’en faire part à la nation, au nom de ce principe qui veut qu’« on ne parle pas quand on a la bouche pleine »... des liasses de dollars, d’euros des corrupteurs tous azimuts, placés ensuite dans quelques comptes discrets off-shore. Après ce message très limpide du Secrétaire général des Nations Unies, ces consécrations internationales à Singapour et à Istanbul, ne soyez pas étonnés que le président fondateur du parti H.V.M devienne un jour un pétromonarque à l’égal de ses pairs du continent voisin. Avec tous les défauts qui vont avec. Attachez vos ceintures, le spectacle ne fait que commencer parce qu’après les randonnées sans frontières en Jet 900 Falcon (on a rien à cirer de savoir à qui il peut bien appartenir). Toutefois on est tous en droit de se demander : ces virées qui conduisent vers de contacts toujours gardés sous le sceau du secret vont-elles profiter enfin à tous les Malgaches que notre cher Patrick Leloup considère comme des babakoto ? Sinon, il faut s’attendre à ce qu’un jour ce pays connaisse le sort terriblement dramatique de la Syrie et de tous ces pays soumis aux sanglantes réalités des guerres fratricides. Parce c’est toujours dans de tels contextes cruels que se déroulent « les pillages à huis clos » largement dénoncés par Xavier Harel dans un livre portant ce titre sans fards.

N. Razafilahy