Le service des Douanes d’Ivato a visionné la vidéosurveillance relative aux 130 tortues récemment saisies à l’île Maurice. On y voit clairement comment la valise s’est retrouvée dans l’avion et n’a été détectée qu’à l’aéroport de Plaisance (Maurice). Un véhicule autorisé accède au tarmac de l’aéroport d’Ivato et s’arrête devant un groupe d’employés, lesquels s’activent pour embarquer les bagages de soute. L’un de ces employés s’approche du véhicule, en retire une valise qu’il dépose calmement parmi les bagages de soute, sur le chariot. Cette valise, qui n’a pas rempli les formalités de contrôle, ne sera démasquée qu’à Maurice. On saluera le Sempidou, syndicat des employés des douanes, qui depuis quelques mois a réorienté son action vers la lutte contre la corruption dans les douanes. C’est à lui, au service des Douanes d’Ivato et à l’Acm (Aviation Civile de Madagascar) que l’on doit la découverte du mode opératoire décrit ci-dessus.
C’est de cette manière que beaucoup de ressources soutirées au pays sont convoyées illicitement vers l’étranger : or, pierres précieuses, devises étrangères, tortues et autre petits animaux endémiques… Le système, qui bénéficie de beaucoup de complicités, fait froid dans le dos. Car avec cette procédure qui contourne les opérations de contrôle, on peut introduire une bombe ou un produit inflammable dans un avion… Cette vidéo, remise par Acm, a été visionnée après la découverte de la cargaison de tortues, le 9 mai dernier à Maurice. Depuis, rien n’a été fait pour assainir le personnel d’Ivato qui a accès à la piste. A l’aéroport de Paris pourtant, depuis les attentats du 13 novembre, un contrôle sévère a été opéré sur les employés qui interviennent sur la piste (bagages, carburant, maintenance technique…). A la suite de quoi, environ cent agents soupçonnés de « radicalisation islamiste » ont été privés du badge d’accès et déplacés vers d’autres services.
On comprend pourquoi Hery Rajaonarimampianina fuit les avions d’Air Madagascar en partance à Ivato, et s’est doté d’un jet Falcon. Mais on notera le caractère égoïste de sa méthode : pour préserver sa précieuse personne, il embarque dans son jet personnel, et laisse les passagers commerciaux s’exposer à un attentat à la bombe. L’homme ne fait rien pour sécuriser les bagages à l’embarquement à Ivato, ni pour arrêter l’hémorragie qui affecte les ressources du pays. Ni aussi pour stopper la corruption généralisée qui fait de l’aéroport d’Ivato une véritable passoire, même pour les personnes frappées d’une… interdiction de sortie du territoire.
- R.