A l’instar des résultats de l’évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire dont le rapport1 est paru en octobre 2015, les situations de la sécurité alimentaire et des récoltes des produits alimentaires dans le Sud de Madagascar sont nettement détériorées. Tous les indicateurs sont alarmants d’autant plus qu’une série de déficits pluviométriques s’est accumulée depuis deux à trois ans successifs. L’estimation de la production des principales denrées alimentaires (riz, manioc et maïs) présente une baisse de l’ordre de 40 à 80 pourcent par rapport à la précédente campagne et celle de la moyenne de cinq dernières années. Par conséquent et en plus du phénomène d’insécurité grandissante (dahalo), le cheptel animal (bovins, petits ruminants, volailles) a connu une importante baisse de l’effectif dans les Régions Androy et Anosy. (Voir, article, par ailleurs.).

Il s’est avéré que dans ces zones, le revenu d’une proportion élevée de ménages provient de la vente d’animaux et que la part des ménages n’ayant pas de revenu représente respectivement 9,7% et 6,3%. Au mois de juillet 2015, près de 45% des stocks alimentaires ne dépassaient pas un mois de consommation. L’insuffisance et le retard de pluies se sont installés dans l’Androy et l’Anosy.

Plus, et selon le Rapport FAO Evaluation qualitative rapide, Sécurité Alimentaire et Moyens de Subsistance dans le Sud et le Sud Ouest de Madagascar ; RASOLOFO Patrick ; RATOVOARINONY Raphael, et RATSIMBARISON Herimena Mars 2016, il est, notamment, indiqué que en outre, l’analyse de la sécurité alimentaire et la vulnérabilité des populations dans la Région Androy par le SISAV a déjà signalé depuis le mois de juin 2015 que la situation ne cesse de s’empirer et la situation au mois d’octobre 2015 affirment que la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire élevée est généralisée dans la Région, notamment sur le littoral. En effet, selon le bulletin n°20, 67% des Communes de la Région Androy sont observées en vulnérabilité élevée. C’est seulement dans quelques Communes du District de Bekily que le stock alimentaire peut tenir au plus un mois, car dans les autres Districts, ce stock est totalement épuisé. Toutes les stratégies de survie précaires telles que la consommation d’aliments de disette, la réduction du nombre de repas par jour et la vente d’ustensiles de cuisine ou d’effets personnels sont adoptés. La situation s’est empirée au cours des trois dernières années, et la consommation de fruits de cactus rouge est de plus en plus répandue actuellement. Les rares aliments disponibles proviennent des Districts ou Régions limitrophes, et sont vendus à un prix élevé. La majorité des ménages sont ainsi confrontés à une difficulté d’accès aux aliments de base.

Par ailleurs, les prévisions météorologiques présagent qu’une diminution sévère de la précipitation sera observée suite à l’effet du phénomène El Niño dans le bassin sud‐ouest de l’océan Indien. Par conséquent, les vents violents du sud (tiokatimo) qui sont très fréquents empêchent la formation des nuages. Après les premières pluies utiles d’octobre 2015, le Sud de Madagascar n’a plus observé de niveau hydrique suffisant pour les cultures entamées. Parfois, quelques pluies mal réparties dans le temps et dans l’espace apparaissent mais ne suffisent pas pour assurer un développement normal des cultures. Des terrains de cultures sont restés non emblavés. Les paysans ont hésité à semer ou planter à cause de l’irrégularité des précipitations entrainant des pertes ; des phénomènes d’insécurité sévissant dans leurs zones les années précédentes et à cause de la diminution de la superficie de parcelles irrigables conséquence de l’ensablement des fleuves. Certaines spéculations sont totalement anéanties par la sécheresse. C’est le cas du maïs qui n’a donné presque aucune récolte même dans la zone cristalline. En période normale, les paysans attendent les premières récoltes au mois de février mais pour la campagne actuelle, l’estimation sur le maïs, l’arachide et les légumineuses tend vers une très faible production voire nulle. Seul le manioc résiste dans les champs.

Des sécheresses répétitives depuis 2012 ont aggravé la vulnérabilité structurelle des populations du Sud de Madagascar et cette campagne 2015/2016 s’annonce très critique. Ainsi, une mise jour des informations reflétant la situation réelle mérite d’être établie pour mieux cibler les zones les plus touchées et les stratégies de réponse ainsi que les suivis de la situation à mener.