Si les parlementaires votent le projet de loi modifiant des dispositions des textes régissant le métier de géomètre-topographe, celui-ci risque tout bonnement de disparaître. Ces dispositions préconisent l’autorisation pour les géomètres fonctionnaires de pratiquer dans le privé ! Autrement dit, ils vont concurrencer les géomètres assermentés privés, alors que partout ailleurs, ce métier est considéré comme une profession libre et donc exercée par des privés. Quant aux géomètres fonctionnaires, ils sont là pour répondre aux besoins de l’Etat, contrôler et délivrer aux usagers des services fonciers, les plans dressés par les géomètres libres. S’ils sont donc autorisés à exercer auprès des géomètres privés, ils seront à la fois juges et parties. Mais d’ores et déjà, ce problème se pose depuis des lustres. La plupart de ces géomètres fonctionnaires sont juges et parties car ils exercent leur métier non pas seulement pour l’Etat et la mission de contrôle évoquée plus haut. Ils le font également pour le compte de privés, moyennant finances. Il s’agit donc d’actes illégaux que le projet de loi cité plus haut pourrait « légaliser » tout en foulant aux pieds l’Etat de droit.
En effet, l’entrée en lice «légale » des géomètres fonctionnaires dans une profession libre et donc vouée aux privés, va accroître la corruption dans un secteur foncier déjà handicapé par ce grand fléau. Le projet de loi aurait été, en effet, lancé sous l’instigation d’un lobby qui vise les futurs grands travaux de BTP émanant tout à la fois des secteurs privé et public. Et au lieu de payer des géomètres assermentés privés, des responsables de ces marchés pourraient s’adresser aux géomètres fonctionnaires. Ces derniers braderaient leurs tarifs tout en utilisant les matériels et le personnel de l’Etat payés par les contribuables mais pour servir des intérêts particuliers ! Cette braderie est accompagnée de pots-de-vin conéquents parce que la grosse différence entre les tarifs réels et les rémunérations des géomètres fonctionnaires ira dans les poches des membres du lobby évoqué ci-dessus. En fait, le projet de loi s’inscrit dans l’ordre de l’opportunisme pur et dur. Un opportunisme qui tuera le métier selon l’Ordre des géomètres assermentés de Madagascar.
En effet, les géomètres privés seront concurrencés de manière déloyale et seront donc battus à plates coutures par les fonctionnaires dont les charges sont moindres, sans parler des rémunérations bradées. Or, ils évoluent dans un métier où l’investissement, notamment en matériels, est très élevé, soit non moins de 200 millions Ar pour ouvrir un cabinet. Le retour sur investissement ne se fait donc pas rapidement. Si l’on évoque la pauvreté de la population pour autoriser les géomètres fonctionnaires à pratiquer dans le privé, ce n’est qu’un prétexte fallacieux : les rémunérations d’un géomètre ne représentent pas grand-chose pour un acheteur de terrain ou pour un chantier de BTP, contrairement aux autres frais comme l’enregistrement lors de la mutation d’un terrain ou l’achat des matériels et matériaux... Il faut aussi souligner que le projet de loi va tuer la branche d’études pour géomètres-topographes de l’Ecole supérieure polytechnique de Vontovorona, la seule à délivrer des diplômes d’ingénieur de géomètre-topographe. Il mettra aussi au chômage les sortants de cette école ainsi que les géomètres privés. Le pays ne dispose pourtant que d’une centaine de géomètres incluant à la fois les fonctionnaires et les privés, alors que le besoin est évalué à non moins de 1 000. Le géomètre-topographe constitue pourtant un maillon très important pour le secteur foncier et le BTP. Il œuvre ainsi pour le bien-être des ménages, les activités des entreprises et le développement des infrastructures.
Fanjanarivo
