Depuis l’année 1972 le seul fait d’évoquer la date du 13 Mai est source d’inquiétude. S’en souvenir ne peut que rappeler des moments capables d’assurer des nuits blanches à tous les détenteurs successifs du pouvoir à Madagascar. Ceux qui de nos jours croient diriger une 4ème République ballotée entre une mauvaise gouvernance ambiante et les coups de boutoirs d’une opposition qui lui fait face en ordre dispersée, n’échappent à cette obsession.
En s’adressant à la presse hier en plein centre de la capitale, dans cette fameuse salle de spectacle d’Analakely afin de faire revivre l’Esprit du 13 Mai, l’association qui rassemble les survivants de ces moments historiques qui avaient entraîné la chute de la 1ère République le Dr Noël Andrianaivojaona, Me Willy Razafinjatovo et consorts auront du mal à convaincre ceux qui sont au pouvoir. Malgré la résolution avouée de l’Association Mai 72 de ne pas chercher à rééditer leur exploit face à la situation catastrophique qui prévaut actuellement au pays, l’esprit d’un mouvement populaire d’il y a 44 ans ne peut qu’inquiéter une minorité qui se complait dans la corruption et la gabegie administrative. Alors qu’elle se déclare sincèrement convaincue de ne chercher que la satisfaction des aspirations légitimes profondes du peuple malgache trop longtemps contenues. A l’époque les engagements cette jeunesse étaient «le rejet d’un système monétaire dominé et dépendant » en l’absence de souveraineté nationale, «la dénonciation d’une économie de traite, caractérisée par la détérioration continue des termes de l’échange. » Bref, les militants de ce temps héroïque n’avait qu’un seul objectif : mettre fin aux derniers vestiges du colonialisme et de la présence militaire étrangère considérée comme une épée de Damoclès (bases de Diégo-Suarez et d’Imeritsiatosika). Pour y arriver à l’heure qu’il est, sous ce régime en plein désarroi, l’association envisage d’apporter un éclairage pertinent à l’essence et au message de cette véritable révolution qui étaient « flous et mal perçus » après la chute de Philibert Tsiranana. Mao-Tse-Toung n’avait-il pas raison de recommander qu’il faut: «connaître le passé, pour comprendre le présent et préparer l’avenir ? »
Pour ce faire ces acteurs et témoins d’une lutte populaire qui a traversé depuis, les convulsions systémiques de notre pays sont décidés et déterminés à organiser un « Congrès National pour la diffusion des Recommandations de mai 72 ». Les principales résolutions devront tendre vers une «malgachisation» pour « constituer les bases d’un changement et d’un progrès authentiques », une « démocratisation » citoyenne ayant pour but la participation de tous « à la valorisation de nos ressources naturelles immenses» afin de «contribuer à l’accroissement substantiel des richesses nationales et au redressement d’une économie à base sociale élargie » avec participation effective des jeunes diplômés, chômeurs, actifs sous-employés, opérateurs économiques. Sans oublier « de conférer aux collectivités territoriales à tous les niveaux, le pouvoir de gérer eux-mêmes leurs affaires internes » pour garantir «leur bien-être, au sein d’une nation synergique et unie (Région, District, Commune, Fokotany…) » A en juger par les motivations de ces anciens meneurs de la première contestation estudiantine après l’indépendance, l’observateur ne peut qu’être tenté de se poser une foule de questions sur les finalités prévisibles et souhaitées de leur démarche. Agissent-ils ainsi parce que sous les yeux de ceux qui ont payé de leur liberté, du sang de leurs frères et très cher leur sens patriotiques, «le Président Hery Rajaonarimampianina laisse libre cours à la corruption, à l’état de non-droit, à l’hémorragie de nos richesses naturelles et au verrouillage frauduleux des pratiques électorales. Pire il conclut l’accord sur la création d’une Zone Economique Spéciale à Taolagnaro sous tutelle mauricienne ; ce qui équivaudrait à l’extraterritorialité de vastes espaces » de Madagascar pour 99 ans et sur lesquelles nous n’exercerons aucun brin de souveraineté ? Ou serait-ce parce qu’il leur inacceptable que des décideurs étatiques se permettent de livrer de la sorte une partie de leur pays «pendant environ un siècle, c’est-à-dire deux générations » à des étrangers envahisseurs ? Il s’agit d’options perverses qui rappellent plus que trop les vastes concessions coloniales établies sur les terres ancestrales des paysans de jadis. Quoi qu’il en soit une faute politique de cette gravité oblige tout un chacun à désavouer des pratiques aussi mesquines. Surtout que tout le monde sait trop bien que « les partis politiques dénoncent à haute voix la trahison envers la nation, la majorité ne cesse de geindre sous la pesanteur croissante du coût de la vie, les plus démunis ploient sous le poids puant des poubelles, la Communauté internationale peine à formuler les recommandations diplomatiques sous un fond de critique qui frise l’ingérence. »
Pour éviter toute interprétation malveillante ou seulement équivoque de cette menée civique qui se met en marche, ces pionniers des revendications politiques et sociales pour le bonheur de tous les fils de ce pays ont clairement tenu à préciser que « l’Esprit du 13 Mai se présente surtout comme une veille politique» tout en reconnaissant que «tout verdict sorti des urnes doit être respecté, quelles que soient les pratiques contraignantes du pouvoir qui dénature son authenticité.» En clair pour eux « renverser le pouvoir en place n’est pas la solution idéale… », résume au nom de l’association Me Olala aux micros de journalistes et devant les caméras des télévisions. Mais est-ce suffisant pour rassurer d’un côté des autocrates aux abois qui s’accrochent à leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général et d’une part « l’espoir dans le cœur d’une multitude de patriotes aspirant à des lendemains meilleurs»? L’avenir seul nous donnera les réponses appropriées à toutes ces justes préoccupations du peuple.
N. Razafilahy
