Les résultats de l’enquête nationale sur le tabagisme chez les jeunes Malgaches, réalisée en 2008 par le Docteur Rakotonirina Jean-Pièrre sous l’égide du ministère de la Santé et du planning familial, enregistre une prévalence de 19.3 % pour les élèves de 13 à 15 ans dont 30.7% sont des garçons et 10.2% sont des filles.

Dans le développement psychomoteur de l’individu, l’adolescence est une phase de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Elle s’accompagne d’abord de nombreuses transformations d’origine hormonale au niveau physique comme le développement des poils (torse, visage, parties intimes), le changement de la voix, etc. chez les garçons ; l’élargissement du bassin, le début des menstruations, etc. chez les filles. Face à ces changements ensuite, ils réagissent différemment. Mais très souvent, ils remettent en question le fond de leur éducation infantile assurée exclusivement par la trilogie famille-école-église et tentent de forger leur propre vision du monde en dehors de ce cercle. En effet, les amis prennent une place très importante dans leur monde et exercent enfin une influence sans précédent dans leur développement psychologique mais surtout émotionnel qui aboutissent à des changements de comportements peu réfléchis en multipliant des nouvelles expériences les exposant à des situations néfastes pour leur vie, leur bien-être ou leur santé physique et mentale comme la consommation des stupéfiants (alcool-cigarette-drogue), des rapports sexuels à risque et tout à l’avenant.

Conscient de la vulnérabilité des jeunes adolescents ainsi que leur exposition systématique à la fumée des consommateurs des cigarettes (dont 69% des élèves sont concernés selon toujours les résultats de l’enquête sus citée) et donc leur risque de devenir fumeurs, Faly, coiffeur exerçant et un habitant d’Ambolokandrina à Antananarivo, père de 03 enfants, souligne l’importance capitale des rôles qu’il joue dans l’éducation de ses enfants afin des les épargner aux méfaits néfastes du tabagisme précoce dans leur avenir à court, moyen et long termes. Il précise donc que « l’exemple vient d’en haut. C’est-à-dire, les parents devraient montrer, non pas par parole manichéenne et moralisatrice mais par action la voie à suivre pour ses enfants…Moi, à titre d’exemple, je fume et occasionnellement je bois aussi mais je n’ai jamais demandé ni aux miens ni aux autres de m’acheter des cigarettes et pas non plus de les allumer à ma place ou encore des bouteilles d’alcool. Car l’accrochage à ces stupéfiants débute toujours par la routine. Mon premier enfant est âgé de 23 ans maintenant et la cadette en a 18.Et Dieu merci, ils sont épargnés. » En outre, « quand je fume chez moi, dans mon lieu de travail ou nulle part ailleurs, je me mets toujours à l’écart des gens.»

Dans le cadre de la journée mondiale sans tabac, célébrée aujourd’hui, l’Etat devrait également faire autant que ce père de famille exemplaire car pour le paraphraser, il a tout à fait raison de dire que l’exemple vient d’en haut. Certes, un arrêté interministériel N° 18171 portant interdiction de « fumer dans les lieux publics, dans les lieux de travail, dans les lieux de sport, dans les établissements scolaires et sanitaires, ainsi que dans les transports publics » existe depuis 2013. Mais comme tous les autres arrêtés, décrets et lois de Madagascar, ils n’existent que sur le papier. Aucune mesure de mise en vigueur précise et contraignante n’est prise par nos dirigeants. Sauf pour ceux qui servent leurs intérêts personnels. On peut constater de visu l’insouciance flagrant des tabagistes qui fument partout. Et curieusement pour terminer, ces derniers n’allument leurs cigarettes que dans des lieux fréquentés.

Rivo Raphaël Chreçant