Paris-Bevoay direct ! Tel est l’itinéraire de retour du président Rajaonarimampianina, après le sommet d’Istanbul et le crochet parisien pour la fête des mères. Ayant débarqué de son jet Falcon à Ivato de bon matin, l’homme a rallié le palais d’Iavoloha par la route digue et le by-pass pour déposer les emplettes faites à Paris. Après quoi, il est monté dans son hélicoptère pour prendre la direction du Sud, où il a inauguré près de Bevoay (district de Morombe) un pont sur la RN9.

C’est d’ailleurs le stratagème adopté ces derniers mois par le chef de l’Etat pour faire oublier ses escapades parisiennes. En effet, après avoir durablement stationné dans la capitale française pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le développement national, l’homme rentre en catimini et réapparaît bruyamment dans un coin reculé du pays. Il y inaugure quelque réalisation « du régime » pour faire croire qu’il se soucie du petit peuple et travaille à l’amélioration de son sort. Hier dans le Sud, il a réceptionné un pont construit par les Chinois et érigé avec des fonds de la BAD.

De tous les chefs d’Etat, qui se sont succédé, Hery Rajaonarimampianina est le moins enclin à la transparence et le moins disposé à dialoguer avec la presse. De retour de l’étranger, ceux d’avant se sont pliés à un cérémonial immuable : la conférence de presse donnée dans le salon d’honneur de l’aéroport. Ceux d’avant rentraient par les lignes commerciales dont on connaissait les horaires. Hery Rajaonarimampianina, lui, revient dans un jet personnel à des heures que l’on ne peut deviner. Son véhicule de fonction l’attend au bas de la passerelle, ce qui lui permet d’éviter le salon d’honneur et de snober la presse…

Il est vrai qu’hier et plus que les autres fois, il avait des raisons de fuir les journalistes. D’abord, il évitait de s’expliquer sur les perquisitions opérées chez trois personnalités, soupçonnées d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Après la clôture du sommet d’Istanbul mardi, l’homme aurait dû être de retour au pays le lendemain mercredi. Mais comme mercredi, il y eut la première perquisition (chez le colonel Lylison René), il s’est abstenu de rentrer pour ne pas être associé à l’opération. S’il était présent, on aurait mis ces perquisitions sur son compte, et il se serait mis à dos diverses corporations, l’Armée, la magistrature, le Parlement, le secteur privé etc. Etant absent, il entretient le flou sur son rôle exact dans ces opérations qui ont agité l’opinion. Il est néanmoins vraisemblable que d’Istanbul, il a donné le feu vert à ces perquisitions dont certaines ont un caractère illégal…

Ensuite, il évitait aussi de s’expliquer sur le jet Falcon 900 qui, pour ainsi dire, est mis à sa disposition depuis quelques semaines. D’Istanbul, il a tenu les propos suivants au micro des médias officiels : « Ni le président de la République, ni la Présidence de la République, ni l’Etat n’ont acheté un avion. Des rumeurs sont lancées sur cet appareil pour troubler le esprits ». L’aéronef relève, donc, soit d’une location, dont la facture est tout simplement exorbitante. Soit d’un don gracieux ou d’un prêt de la part d’un généreux bienfaiteur. Notons simplement que la Constitution interdit au chef de l’Etat ce genre de « mise à disposition » qui peut le contraindre à renvoyer l’ascenseur.

L’explication la plus plausible : Hery Rajaonarimampianina a été blessé par les critiques lancées contre son épouse en décembre 2014. Faisant du shopping dans la capitale française pour étoffer sa garde-robe en vue des fêtes de fin d’année, la dame a « détourné » à Paris l’avion Marseille-Tana d’Air Madagascar pour la ramener dare-dare au pays. Ce détour particulièrement coûteux fut dénoncé dans la presse, notamment car s’est fait au détriment de la trésorerie d’une société d’Etat en grande difficulté. En se dotant d’un jet Falcon, le chef de l’Etat dissimule d’abord les fréquents Tana-Paris de sa douce moitié, et ne la soumet plus aux horaires des lignes commerciales. Ensuite, il se soustrait aussi aux questions embarrassantes du salon d’honneur d’Ivato…        

  1. R.