A l’heure où la croissance économique stagne dans les grandes zones de consommation comme l’Europe, la Chine et l’Afrique du nord, le commerce intra-africain se présente comme une très bonne alternative pour les pays du continent. C’est ce qu’affirme en substance Hennie Heymans, PDG de DHL en Afrique subsaharienne dans une récente interview d’African press organization (APO). Il part du constat comme quoi, le commerce intra-régional est parmi les plus faibles au monde en Afrique, avec moins de 20% de la production échangés à l’échelle continentale. Les statistiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) font état de 80% de la production africaine exportés principalement sur l’Union européenne, la Chine et les Etats-Unis, soit sur les zones affectées par le ralentissement économique. Au sein des pays de l’Union européenne pourtant, plus de 65% du commerce se font sur leur propre continent, contre 50% en Amérique du nord. Comme quoi, il est plus judicieux pour un pays comme Madagascar d’intégrer l’économie aux blocs économiques régionaux tels la SADC, le COMESA, l’Indian ocean rim association (IORA) incluant des grands pays comme l’Australie, la Malaisie, etc.
Toutefois, Madagascar est loin de développer le commerce intra-régional avec ces différents blocs. Dans une étude du Centre de recherches, d’études et d’appui à l’analyse économique à Madagascar (CREAM) publiée en 2013, il ressort que les marchés régionaux semblent être sous-exploités par le pays : « En effet, en tenant compte du nombre et du pouvoir d’achat des consommateurs des deux CER ou Communautés économiques régionales (soit la SADC et le COMESA) ainsi que la contrainte liée à la distance de marchés, le modèle de gravité, appliqué sur Madagascar et ses partenaires régionaux, trouve qu’entre 2006 et 2010, le pays n’exploite que 34% et 87,8% de ses potentialités commerciales, respectivement, au sein de la SADC et du COMESA. Pour saisir cette opportunité, Madagascar devrait étendre ou consolider ses échanges commerciaux avec les pays membres des deux CER, autres que ceux riverains de l’océan Indien et en ciblant les « grands marchés ». Le calcul des indices de la complémentarité commerciale entre Madagascar et les pays du COMESA, par exemple, indique que le pays ait un potentiel d`expansion de ses commerces avec les deux grands pays de cette communauté, à savoir l’Egypte et le Soudan qui jusqu’à maintenant sont des marchés potentiels très peu connus. Avec les pays membres de la SADC, les mêmes indices précisent que la Grande Ile pourrait exporter davantage en Afrique du sud et cibler les autres pays « riches » de cette communauté, notamment le Botswana et la Namibie ».
Malgré toutes ces recommandations, percer sur les marchés régionaux n’est pas aisé pour les entreprises implantées à Madagascar. Le climat des affaires y est pour beaucoup de chose et il ne faut pas non plus oublier les difficultés en matière de transport étant donné que Madagascar est une île séparée du continent. Le coût des transports intra-COMESA peut atteindre jusqu’à 40% du prix d’un produit. Or, avec une croissance économique de 3% d’après les prévisions du FMI pour 2016, l’Afrique subsaharienne s’aligne avec les économies riches et émergentes (3,2%).
Fanjanarivo