De prime abord, faire le bilan de plus d’un demi-siècle « d’indépendance » d’un pays comme Madagascar où sa population n’a connu, jour après jour, que défaite capitulation, humiliation, occupation étrangère, inégalités de chance, et incrédulité n’est pas une sinécure. Il a été, depuis la proclamation officielle de cette indépendance, la proie à de nombreux événements sociopolitiques et culturels récurrents et cycliques certes, mais toujours imprévisibles. En nous autorisant un raccourci, on peut dire en toute simplicité que ces années ont été marquées d’un côté, par la paupérisation inconditionnée et inconditionnelle de la classe dirigée et d’autre côté, un sur-enrichissement facile, rapide et durable de la classe dirigeante.
En effet, entre 1960 et 1995, le PIB par habitant a chuté de 37% et en 1996, celui par tête de 46%. Cela a provoqué dans la vie quotidienne des tananariviens, à titre d’illustration, une baisse de la consommation par tête des produits de première nécessité. « Les achats de viande se sont effondrés (de 19 à 8 kg pour la viande de bœuf, et de 9 à 2 kg pour le porc). La consommation moyenne de riz est passée de 135 kg à 107 kg par an, soit une baisse de 20 %.» En outre, les conditions de vie ne se sont pas améliorées d’un iota. Au contraire, le nombre des pauvres s’est accru d’une manière exponentielle. « En retenant la ligne de 1 dollar par tête et par jour, on estime que 76 % de la population vivait en deçà du seuil de pauvreté en 1993 et 79 % en 1997.» Actuellement, selon le rapport de la BM, plus de 9 Malgaches sur 10 sont concernés, soit 92% de la population totale et faisant donc de Madagascar (classement 2015 de FMI) le 5ème pays le plus pauvre au monde. Seul 10 % des Malgaches sont épargnés par cette paupérisation sans précédent, les fracturant ad vitam en deux principales classes : riches et pauvres. Paradoxalement, c’est ainsi que le « grenier de l’Océan Indien » s’est métamorphosé en affamé de l’Océan Indien.
Par conséquent, la légitime question qu’on se pose est : pourquoi et comment Madagascar en est-il arrivé là ?
En avançant des éléments de réponse à cette problématique, certains observateurs, considérant la diversité de ses ressources naturelles d’une part et de son extrême pauvreté d’autre part, sont tentés de penser que le pays est maudit par les dieux…D’autres, comme ce fut le cas du KMF-CNOE dans sa déclaration du 29 janvier 1996, soutiennent que le pays est « ingouvernable ».
A tête reposée, Madagascar n’est ni « maudit », ni « ingouvernable ». Cette involution économique est avant tout les conséquences néfastes de l’épidémie « africonneries » qui a infecté, de génération en génération, nos dirigeants, de Tsiranana à Rajaonarimampianina. Seul Ratsimandrava avait trouvé l’antidote mais malheureusement, on l’avait brutalement assassiné. Cette épidémie agit au niveau de la conception des pratiques politiques liées à l’exercice même du pouvoir. Elle se manifeste, et d’un, avant les élections, par des pluies de promesses mirobolantes faites aux Malgaches. Et de deux, par une « amnésie totale de tout ce qui a été dit ». L’actuel Président en le parangon parfait. Qu’est-ce que Rajaonarimampianina n’a pas promis aux 22 millions des Malgaches durant sa coûteuse campagne électorale et regardons avec lucidité lesquelles d’entre elles ont été dûment réalisées à deux ans de la fin de son quinquennat ? Tout ou rien ? C’est selon…
Rivo Raphaël Chreçant