Du temps du Premier ministre, Kolo Roger, déjà, par devoir et par charité chrétienne, obligés d’héberger les paysans qui fuyaient leurs villages, des religieux missionnaires dans les zones rouges n’arrêtaient pas de sensibiliser l’opinion sur cette situation alarmante. Chassés de leurs habitations, des centaines de pauvres gens se précipitent pour chercher refuge dans les enceintes des églises de campagne.

Cibles sans défense des bandes armées (dahalo), les éleveurs surtout et les cultivateurs aussi endurent les assauts sauvages et cruels de ces dernier. Bien avant cette période, durant une grande partie de la Transition, les villages isolés   des districts de Maintirano, de Manja, d’Ihosy, de Betroka, d’Ankazoabo-Sud, de Sakaraha jusqu’aux confins d’Amboasary, d’Ambovombe et de Tranoroa sont désertés à cause d’un côté, les razzias sans pitié de bandits qui tuent, volent et violent tout en vidant les parcs à bœufs.

Les habitants des campagnes devaient aussi faire face aux opérations de répression de certains éléments des forces de l’ordre qui, rendus furieux par la supériorité tactique des véritables ennemis sur le terrain, font rarement la différence entre les vrais malfaiteurs et les jeunes gens apeurés qui préfèrent les fuir. Si bien que le bilan officiel des opérations, comptabilisent le nombre des morts sans pouvoir faire la distinction entre des victimes innocentes et les brigands, tués en service dans un premier temps de généreux collecteurs de bœufs volés pour le compte d’un commerce local et surtout international.

Depuis plus de 10 ans, un bœuf sur pied est acheté en rase campagne au prix défiant toute concurrence de 4 millions de FMG soit 800.000 MGA, l’équivalent de 250 dollars. Un coût très risible et scandaleux si l’on tient compte de la rareté de la viande sur le marché asiatique, mauricien et même comorien. Les cerveaux de ces activités mafieuses utilisent sur le terrain des jeunes gens désœuvrés, sortis des écoles secondaires et des anciens militaires renvoyés à la vie civile sans emploi. Des notables locaux servent d’intermédiaires entre eux et les hommes de mains. Le parent d’un député, siégeant actuellement à Tsimbazaza, figure dans la liste de ses parrains de ces organisations criminelles. Ils approvisionnent les associations de malfaiteurs en armes et munitions achetées en contrebande chez des déserteurs, des exportateurs et trafiquants indo-pakistanais et nationaux.

Rien que pour le mois de mai 2016, une source sérieuse nous informe pour le district de Miandrivazo, on a recensé 14 attaques et une perte de plus de cent bovidés ainsi que 500 maisons incendiées, un village complètement détruit et aussi des morts d’hommes parmi les habitants.

Les destructions causées en amont de ce commerce prohibé déjà désorganisent non seulement la vie quotidienne et l’économie rurale d’une très vaste partie du territoire national. Elles provoquent également des dégâts collatéraux qui profitent à des investisseurs potentiels très rusés. Provoquant et finançant les actes de banditisme ainsi perpétrés, des hommes d’affaires aux dents longues profitent de la panique de la population en créant un climat de terrorisme dans toutes ces régions. Selon des personnes généralement bien informées la plupart de théâtres de ces massacres et violences, représentent des sites qui sont de véritables paradis géologiques en matière de richesses minières.

D’une pierre, ces personnes très fortunées, sans pitié et sans foi ni loi, font deux coups font. Résultat, en poussant les habitants à quitter leur habitat ancestral, ces messieurs, appuyés par quelques personnalités hauts placées, s’emparent de tous les périmètres abandonnés pour installer des infrastructures de recherches d’abord (pour la forme) avant de s’atteler sans tarder à l’exploitation et au pillage caractérisé d’inestimables produits. Avec la bénédiction et la complicité de quelques fonctionnaires des services des mines et de hauts responsables centraux. Personne de daigne écouter les cris d’alerte des députés Brunelle Razafitsiandraofa et Anthelme Ramparany et les personnes de bonne foi sur les ruées de l’or sauvages de ressortissants asiatiques sur le bassin de l’Ikongo.

La cécité morale et la surdité civique en haut-lieu nous donnent une décourageante idée du niveau de laxisme qui entoure cette forme de génocide qui ne dit pas son nom et oblige les campagnards à vivre un exode rural souvent désastreux. Nos campagnes deviennent ainsi les terrains de jeux des compagnies comme Tuléar Sands, Main Land et autres groupes de prédateurs qui au lieu de fournir aux contrôles de l’Etat les données réelles sur leurs découvertes, trafiquent en douce. Il ne faut jamais oublier que ce ne n’est par pure disposition philanthropique que tous ces nouveaux conquistadors débarquent dans notre île, mais plutôt c’est pour tout l’or et autres richesses des aztèques de l’océan indien que nous sommes. Et dire que nos dirigeants s’en balancent ou, disons n’accordent à ce drame qu’un intérêt très symbolique, le temps d’un discours menteur.

N. Razafilahy