Heureuse trouvaille du président Rajaonarimapianina, hier, pour contrebalancer l’énorme battage médiatique sur le sommet de la Francophonie. L’homme, en effet, s’est rendu à l’Académie malgache où il a inauguré le « Mois de la Langue malgache ». Au micro, il a abondamment fait l’éloge de la langue malgache, de ses capacités à exprimer les émotions, de son rayonnement international (parmi les douze langues les plus influentes en Afrique de l’Est, selon lui), de son rôle central dans la construction de l’unité nationale, etc. Il a dénoncé ceux qui s’expriment en dénaturant la langue malgache, notamment en mélangeant mots malgaches et termes français. Il a assuré l’Académie malgache de sa volonté de transmettre rapidement au palais de Tsimbazaza, la Politique nationale pour la Promotion de la Langue malgache, élaborée par cette institution. L’homme fut chaudement applaudi au terme de son intervention. Notons que Hery Rajaonarimampianina est le parrain de l’Académie malgache, bénéficiant ainsi d’une disposition introduite dans le statut de cette institution par… le général Gallieni, fondateur de l’Académie malgache en 1900.
On ne sait si le chef de l’Etat a réussi à mettre du baume au cœur des nationalistes. Ceux-ci se désolent, en effet, de la place trop importante accordée à la langue française, notamment en vue du sommet de novembre prochain, et du rôle médiocre dévolu à la langue malgache. Ils considèrent même le sommet comme une machine destinée à combattre la langue malgache et à annihiler celle-ci. Dans les chefs-lieux de province déjà, des manifestations sont organisées pour appuyer la tenue du sommet et pour monter au pinacle la langue française.
Consternés, les nationalistes en sont venus à épouser la cause des « économistes » qui prônent l’annulation du sommet. Selon ces derniers, ce rassemblement ne serait pas la priorité de Madagascar dans la triste situation de pauvreté dans laquelle se trouve l’île. Point de vue des nationalistes et des tenants de la langue nationale : si le dixième du pactole affecté à l’organisation du sommet est consacrée à la promotion de la langue malgache, celle-ci fera un grand bond en avant. Faute de pouvoir financer la marche en avant de la langue malgache, Hery Rajaonarimampianina a soigné son blabla d’hier dans le but de réconforter les nationalistes. Il n’est pas sûr que l’opération ait réussi.
- R.
