Une vague d’affectation décidée par le Conseil Supérieur de la Magistrature soulève l’ire de beaucoup de magistrats, particulièrement ceux concernés et soulève l’indignation des simples citoyens fonctionnaires ou pas. Bien sûr, les magistrats vont dire qu’ils ne sont pas des fonctionnaires comme les autres, comme les médecins, comme les administrateurs civils, comme les enseignants, comme les inspecteurs qui sont affectés et qui s’exécutent même s’il s’agit d’aller servir dans les CSB 2 de Sainte Marie ou d’autres endroits excentrés. Ils ne sont pas des fonctionnaires comme d’autres car lorsqu’ils sont des juges ils bénéficient d’un « principe » qui est une inamovibilité sauf « nécessité de service ». C’est néanmoins avec stupéfaction que les simples citoyens découvrent que des tribunaux souffrent véritablement d’un manque cruel de magistrats, que des tribunaux dans des zones excentrées fonctionnent avec le procureur et le président et un juge ; aussi lorsque l’un d’eux s’absente parce qu’il y a des décès dans la famille, parce qu’il est malade, le tribunal ne peut pas fonctionner. Il y a donc bien nécessité de service dans certains tribunaux et surcharge de magistrats dans d’autres. Ainsi, au Tribunal de première instance d’Antananarivo, les juges s’entassent à trois dans un bureau si bien que dans des affaires de divorce par exemple il y a un juge qui écoute les parties et les autres qui sont dans le bureau qui entendent tout. Etrangement, au même Tribunal d’Antananarivo, des magistrats trainent des pieds lorsqu’ils sont affectés à la cour d’appel d’Antananarivo ou au ministère de la Justice alors même que cela n’exige pas de déménagement ou de transfert d’écoles pour leurs enfants. La question très terre à terre que les citoyens se posent alors est de savoir ce qu’il y a de si intéressant au sein de ce tribunal pour que ceux qui y sont s’accrochent ainsi désespérément à leur poste et refusent même de monter quelques étages? Paradoxalement, les tribunaux dans les zones excentrées sont boudés par les magistrats ou alors ce sont toujours les mêmes qui sont envoyés dans les zones excentrées et font le tour de l’île. Celui qui accepte d’être affecté à Ikongo sera inévitablement amené à être affecté dans d’autres endroits excentrés comme si ayant servi à Ikongo il pourra aller partout sauf au Tribunal de première instance d’Antananarivo. Le syndicat des magistrats menace alors de faire grève suite à ces affectations et là les citoyens sont perdus. Qu’est-ce que les citoyens veulent ? Ils veulent juste que tant qu’il y a un tribunal installé, inauguré il faut qu’il y ait des magistrats en nombre suffisant dans ces tribunaux, il faut que chaque palais de justice soit doté de magistrats intègres, pas corrompus et compétents. Ils ne veulent pas voir les mêmes magistrats occuper un poste au sein d’un palais de justice pendant des années comme si les affaires qu’ils ont à juger sont leur affaire si bien que les justiciables les portent aux nues et sont prêts à les corrompre. Ils veulent une justice érigée en service public et qu’en intégrant le corps de la magistrature les magistrats sont censés servir la justice et non se servir au passage. C’est aussi simple que cela. Maintenant, lorsque les magistrats brandissent les atteintes à leur indépendance, les simples citoyens demandent juste à ce qu’un magistrat ne s’accroche pas à son poste comme à une bouée de sauvetage car cela laisse penser qu’il y a des intérêts alléchants que les magistrats ne veulent pas lâcher. Lorsque les magistrats montent au créneau, les citoyens demandent juste à ce que l’on entende plus aucune corruption dans le monde de la justice.
Anaïs T.
