«Patience ! » C’est le mot d’ordre lancé par le président de la République lors de l’une des inaugurations qu’il a présidées ces derniers jours, notamment dans l’Atsimo-Andrefana. Mais comme peut-on attendre un développement encore hypothétique quand on a le ventre affamé ? A Madagascar, 50% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique. Ce taux n’a guère évolué depuis des décennies et il empire dans certaines régions. Dans ce cas, peut-on faire attendre des enfants qui sont affamés ? En face pourtant, les dirigeants se la coulent douce, à commencer par le présiden de la république qui s’offre un avion personnel, des voyages à n’en plus finir à l’étranger mais qui ne rapportent pas grand-chose au pays, un budget multplié par 2 en l’espace de 2 ans seulement… Sur ce dernier sujet, il réédite la pratique de Marc Ravalomanana. Sous le régime de ce dernier, le budget de la présidence de la république n’a pas cessé d’augmenter de manière significative. Cette hausse a attiré l’attention d’un économiste de la Banque mondiale de l’époque qui l’a interprétée comme une emprise de plus en plus grande du président sur l’économie du pays.
Le président actuel n’est pas un homme d’affaires comme Ravalomanana. Quoi qu’il en soit, aucune explication n’a été donnée sur l’explosion du budget de la présidence qui est passé de 50 milliards Ar à l’entrée à la magistrature suprême de Hery Rajaonarimampianina en 2014 à plus de 100 milliards Ar en 2016. Entre-temps, la croissance du PIB réel par habitant n’a même pas connu une croissance de 2%. Cet indicateur est l’un des facteurs pour mesurer le développement d’un pays. Ce qui veut dire que la patience demandée par le président de la république à l’endroit des Malagasy n’est pas justifiée. De plus, il a déjà entamé la 2ème moitié de son mandat. La patience qu’il demande signifie qu’il n’a pas réalisé grand-chose lors de la 1ère partie. Certes, le pays est un Etat fragile, mais un problème parmi les milliers auxquels les Malagasy font face aurait pu trouver un début de solution en 2 ans et demi. On peut citer l’insécurité qui est de plus en plus assortie de crimes barbares, mais qui n’a comme réponse de la part des autorités concernées que les sempiternelles opérations militaires. Celles-ci débouchent toujours sur des résultats en trompe-l’œil comme la récupération de zébus volés et l’arrestation de «dahalo ». Mais on ne doit pas non plus oublier les exactions commises par des éléments des forces de l’ordre lors de ces opérations.
La patience n’est donc pas la solution puisque la protection des biens et des personnes ne peut pas attendre. Il s’agit non seulement de biens matériels mais aussi de vies sérieusement menacées par l’insécurité. Rappelons que 11 régions sur 22, c'est-à-dire la moitié, ont fait l’objet de la prolongation de l’opération militaire « Fahalemana ». Sinon, les projets inaugurés ces derniers jours par le président de la république ont été financés par les bailleurs de fonds. Comme quoi, les dirigeants ne se décarcassent pas pour bien gérer les finances publiques et augmenter les dépenses d’investissement. Ils préfèrent gonfler le fonctionnement dans des postes de dépenses comme l’avion présidentiel, les indemnités mirobolantes des parlementaires…
Fanjanarivo