Pourquoi le Comité d’Experts s’exprime maintenant ? Créé par le décret n°2015-1105 du 8 juillet 2015, lui attribuant mandat pour la révision des textes sur le Fampihavanana Malagasy, il serait dissout de droit après la promulgation de la loi. Le Comité est donc encore dans son mandat en émettant des éclaircissements sur tout ce qui est réconciliation nationale.

Les mises en garde du SG de l’ONU, les avertissements de la Représentante de l’UA, les déclarations du FFKM et celle de la Conférence Episcopale des Evêques Catholiques et les foyers de tension qui ont eu tendance à se multiplier ces temps-ci, confortent le Comité sur la nécessité de mettre en œuvre le processus de réconciliation nationale. Ayant conçu et imaginé la réconciliation nationale dans sa nouvelle version, le Comité reste persuader que le pays devrait être en mesure de surmonter ces turbulences avec les nouveaux outils que lui procurera la réconciliation nationale.

Par adoption du concept de la justice transitionnelle, la réconciliation nationale englobe tout processus et mécanisme reposant sur le droit de savoir, le droit à la justice, le droit à réparation, la nécessité des réformes institutionnelles et la mise en place des infrastructures de paix pour garantir la non-répétition des crises.

Le Conseil du Fampihavanana Malagasy qui sera mis en place, aura, entre autres, pour missions de : diriger le processus de réconciliation nationale dans son ensemble ; instaurer une atmosphère politique sereine pour garantir la non répétition des situations conflictuelles pouvant porter atteinte à l’unité nationale ; formuler des recommandations de nature à permettre la résolution pacifique de toutes les situations conflictuelles et de tout problème dont la gravité risque de constituer une atteinte à la cohésion nationale ou communautaire.

Pour arriver à remplir ces missions le Conseil du Fampihavanana Malagasy aura pour attributions : a) la création d’un espace d’expression et de concertation entre les acteurs politiques, économiques, sociaux et culturels. A cet effet, il aura donc pour rôle d’organiser le dialogue national que tous appellent actuellement de leurs vœux. Il a donc pouvoir de convoquer, selon les nécessités, toute réunion visant à conforter la solidarité et la concorde nationale impliquant une large représentativité des forces vives de la Nation; b) la réconciliation des grandes composantes de la Nation dont les acteurs politiques, les acteurs socio-économiques et culturels y compris la considération de l’approche genre et de l’approche communautaire. Les grandes composantes s’étendent ici à l’acteur principal qu’est l’Etat. Le Conseil du Fampihavanana Malagasy sera jugé ainsi sur les grands accords qui seront négociés et adoptés entre ces grandes composantes et les accords au niveau des communautés de base. Il peut proposer aux Institutions compétentes tout texte portant refondation de la Nation et de la République, et proposer un code de conduite pour les acteurs politiques; c) la prévention et la résolution des conflits pouvant porter atteinte à l’unité nationale et à la paix sociale sur la base du concept

« Vérité-Réconciliation » afin d’établir les saines fondations pour l’avenir de Madagascar. En cela, la réconciliation nationale se rapprochera des principes du 4F (Fiekekeloka, Fibebahana, Fahamarinana, Fihavanana) ; d) la proposition et le suivi de l’application de toute mesure renforçant la réconciliation nationale politique, économique, sociale et culturelle. Le Conseil du Fampihavanana Malagasy émettra des recommandations qui seront transmises au pouvoir public. Il aura ainsi pouvoir d’étudier les causes profondes possibles d’instabilité institutionnelle, de dysfonctionnement des pouvoirs publics et d’absence chronique de développement des collectivités territoriales. Il proposera aux Institutions compétentes tout texte portant refondation de la Nation et de la République. A cet effet, il puisera, dans la diversité et la richesse culturelle des différentes régions de Madagascar, les points de convergence pour conforter l’identité nationale. L’exécutif sera tenu d’expliquer auprès des représentants du peuple de la suite qu’il a donné à ces recommandations.

En ce qui concerne la crédibilité du Conseil du Fampihavanana Malagasy, celle-ci sera assurée par son indépendance politique, institutionnelle, financière, administrative et opérationnelle, tel qu’il est défini dans le projet de loi.

Le Comité d’Experts est assuré de la réussite du processus si l’Etat manifeste son engagement, par l’adoption de la loi sur la réconciliation nationale, montre des signes concrets de sa volonté politique, en prenant de réelles mesures d’apaisement, et concrétise son désir de changement en assurant un minimum de sécurité. Ces mesures dénotent un réel intérêt pour la population.

La réconciliation nationale passe aussi par le fonctionnement normal des Institutions prévues par la Constitution. Telles sont les convictions du Comité d’Experts chargé de la Révision des Textes sur la Fampihavanana Malagasy.