A l’approche de la fête nationale du 26 Juin, Hery Rajaonarimampianina brode beaucoup sur les 56 ans d’indépendance, d’instabilité politique et de misère. La semaine dernière, il en était ainsi à Toamasina devant les foules qui ont assisté à l’inauguration des réalisations d’Ambatovy. De même qu’à Manakara, lors de la réception des travaux d’extension du lycée technique et professionnel. Voici, par exemple, ses propos à Manakara : « Ces 56 ans d’indépendance furent 56 ans de pauvreté pour la nation. Nous allons changer les habitudes politiques et faire en sorte que l’alternance se fasse par les élections. Ce pays a besoin de stabilité pour attirer les investisseurs et les touristes. Ne vous laisser pas entraîner par les trublions...»

En fait, Hery Rajaonarimampianina raisonne comme s’il n’avait pas sa part de responsabilité dans les 56 ans de misère nationale. Il voudrait mettre sur le dos des autres l’origine de cette pauvreté durable, et compte sortir blanchi de l’opération. Car ministre des Finances et du Budget de 2009 à 2013, puis chef de l’Etat de 2014 à ce jour, il cumule sept ans de présence dans les plus hautes sphères de décision. Avec ce total et s’il l’avait voulu, il aurait pu influer sur le cours des événements et infléchir la courbe vers la prospérité.

Il n’en est rien hélas, car ces sept ans de gouvernance furent stériles et n’ont rien apporté à l’économie du pays. Il est vrai qu’en haut lieu, on a surtout nagé dans un contexte d’enrichissement personnel et de corruption généralisée. L’intérêt des masses fut apparemment négligé car ce qui a primé, c’était l’intérêt personnel et le bien-être d’une minorité. Quand on songe aux agissements de Claudine Razaimamonjy, amie intime du couple présidentiel, qui sont couverts par les échelons les plus élevés, il n’est pas à exclure que le chef de l’Etat trempe lui aussi dans les combines. Puisque avec les rapports circonstanciés des agents de l’Inspection Générale de l’Etat, il y avait largement de quoi expédier en prison la fautive. Mais avec des protections élevées, elle échappe à tous les coups de filet. Avec de telles pratiques, on ne s’étonnera pas si le pays ne parvient pas à secouer le joug de la misère, surtout lors des sept ans de présence de Hery Rajaonarimampianina au sommet de l’Etat.

Pourquoi également disserter sur la nocivité de l’alternance anticonstitutionnelle, alors que lui-même est reconnu par la communauté internationale comme étant un « putschiste » ? En effet, notons que M. Rajaonarimampianina figure parmi les 109 « putschistes » sanctionnés en 2010 par l’Union Africaine. Il s’agit plus précisément de 109 personnalités, issues du coup d’Etat de 2009, et qui ont refusé de partager un pouvoir mal acquis. La communauté internationale préconisait pourtant la mise en place d’un gouvernement de consensus, pour mettre le pays sur la voie d’une sortie de crise. Mais 109 individus, dont Hery Rajaonarimampianina, ont voulu conserver à eux seuls le gâteau. D’où la sanction de l’Union Africaine (interdiction de visa de sortie et gel des avoirs bancaires) à des personnages qui ont fait obstacle à une solution négociée. Comme certains secouent maintenant son fauteuil, Hery Rajaonarimampianina crie maintenant au loup et pointe le doigt sur les trublions. Bref, après avoir tiré largement profit d’un « putsch », l’homme dénonce maintenant une pratique qui menace dangereusement sa position.

Empêtré jusqu’au coup dans les causes de la misère nationale depuis sept ans, ainsi que dans le « putsch » de 2009, Hery Rajaonarimampianina est bien mal placé      pour faire la leçon et se poser en exemple. Quid de ces « effets néfastes » d’un coup de main dans les circonstances actuelles ? En fait, la population est plongée dans une misère telle que ces retombées négatives ne la gêneraient plus…