Le niveau élevé de la pauvreté à Madagascar mérite une attention particulière dans le contexte global de recul de la pauvreté en Afrique ces dernières années (rapports du PNUD sur les OMD et de la Banque Mondiale sur la pauvreté). De fait, souligne-t-on dans Perspectives économiques en Afrique la pauvreté se généralise à Madagascar, où elle affecte plus des trois quarts de la population rurale.

Le pays fait face à des inégalités croissantes entre le secteur urbain et le secteur rural. Ainsi, selon les données, actuellement, disponibles, il est mentionné que le ratio de pauvreté en milieu rural dépassait 75 %, et même 90 % dans le sud de l’île, contre 31 % dans la capitale et 55 % dans les villes secondaires. En termes de groupes socio-économiques, le taux de pauvreté est plus élevé chez les agriculteurs (entre 79 % et 86 % des ménages selon la taille de leur exploitation), suivis des travailleurs indépendants (43 %). Madagascar enregistre un taux de sous-emploi très élevé, avec une généralisation des emplois inadéquats (bas salaires, contrats précaires, sous-emploi des qualifications) qui touchent plus de 80 % des travailleurs, notamment les femmes en milieu rural et les jeunes. Les différents régimes de pension et les plans d’épargne pour le troisième âge ne concernent que les travailleurs du secteur formel (soit moins de 10 % de la population), laissant de côté la grande majorité des travailleurs du secteur informel.

Au regard de cette situation sociale précaire, différents filets de sécurité sociale sont mis en œuvre par les institutions publiques et les PTF pour aider les ménages les plus défavorisés.

Un ambitieux programme de travaux à haute intensité de main d’œuvre se met également progressivement en place, permettant de rémunérer les travailleurs participant à des chantiers publics. Ce programme, qui vise à réduire l’extrême pauvreté, s’inscrit dans une stratégie globale de réduction de la pauvreté et de promotion de l’emploi en faveur des populations les plus vulnérables, note-t-on toujours dans Perspectives économiques en Afrique, édition 2016.

Toutefois, l’ampleur de ces programmes sociaux et leurs niveaux de financement sont inadéquats pour protéger la majorité des groupes concernés. Dans le cadre de la Politique nationale de protection sociale (PNPS), validée en septembre 2015, Madagascar a obtenu un accord de financement de la Banque mondiale, d’un montant de 40 millions USD sur quatre ans et devant concerner 750 000 bénéficiaires. La PNPS sera mise en œuvre dans cinq régions rurales (Vatovavy Fitovinany, Haute Matsiatra, Atsimo Andrefana, Atsinanana et Vakinankaratra), avec l’appui des agences des Nations Unies (Unicef, Bureau international du Travail, etc.).

Une enquête sur les ODD sera lancée en 2016 par l’Instat avec l’appui des Nations Unies pour fournir des données récentes sur la pauvreté, les inégalités et d’autres indicateurs du développement.

Bref, il est permis d’avancer que malgré le retour à l’ordre constitutionnel, la stabilité du pays apparaît fragile en raison de la hausse de la pauvreté et du chômage, et des tensions persistantes entre l’exécutif et le parlement.

Par ailleurs, l’insécurité généralisée des biens et des personnes, due à l’aggravation de la pauvreté et des problèmes d’emploi notamment au sud de la Grande Ile, où sont concentrées une grande partie des interventions du SNU, le mauvais état des routes et du transport aérien national ainsi que le déficit chronique d’électricité continuent à avoir un impact désastreux sur la vie de la population.