ZOR comme Zormati. Oui, l’entrepreneur français d’origine libanaise n’a pas cherché loin pour l’immatriculation de son Falcon 900. Comme le veut la réglementation, un avion doit, en effet, porter obligatoirement le préfixe d’immatriculation attribué par l’OACI qui est 5R pour Madagascar et T7 pour Saint-Marin où le Falcon 900 prêté au président Rajaonarimampianina a été enregistré. Vient ensuite l’immatriculation proprement dite qui est libre pour les jets privés. Ainsi pour faciliter les choses, Sam Alexandre Zormati a choisi les 3 premières lettres de son nom, d’où le T7-ZOR qui a fait couler tant d’encre dans le pays.
Cet homme d’affaires est connu des milieux judiciaires français pour deux affaires qui ont défrayé la chronique. Selon un article de Paris Match du 31 décembre 2014, «tout commence en décembre 2012, juste après la chute du régime Kadhafi. Trois hommes d’affaires débarquent à Paris, munis d’un «mandat exclusif transactionnel» soi-disant signé par les nouvelles autorités libyennes, qui les autoriserait «à procéder à la récupération de tous les actifs de toutes les sociétés propriétaires d’immeubles» appartenant à la Libye. Forts de ce mandat, les trois prétendus émissaires – le Français Sam Zormati, le Libyen Mohamed Massoud Nuri Harati et le Tunisien Tahar Ben Hassine – éjectent le fonctionnaire libyen qui gérait l’immeuble de la Fnac et le remplacent par Mohamed Safraou, modeste entrepreneur de la banlieue parisienne. Mais, «le fameux «mandat exclusif» des autorités libyennes n’a jamais existé ». Et en novembre 2014, le tribunal de commerce de Paris annule tous les actes et actions menés par le trio contre lequel une information judiciaire pour tentative d’escroquerie fut ouverte.
Alors que l’affaire sur le faux mandat était instruite, Sam Zormati fait l’objet d’une plainte, en 2013, déposée par un certain Ziad Takieddine. Ce dernier est un homme d’affaires franco-libanais comme M. Zormati. Il est connu pour avoir négocié la ventre d’armement au Pakistan par la France et dont les rétro commissions ont financé la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995. Ziad Takieddine pour faux passeport diplomatique que Sam Zormati devrait lui fournir moyennant 200 000 dollars que le fournisseur aurait déjà perçu.
A lire les commentaires de la presse française à son sujet, on se demande où l’homme d’affaires a trouvé les sous pour s’acheter un Falcon 900 Ex. La même question se pose sur les 250 millions de dollars avec lesquels il a financé une centrale thermique de 75 MW au Guinée. En consultant le site de K-Energie qui a fourni les groupes au Guinée, les partenaires affichés sont tous des institutions financières qui ne prêtent pas à n’importe qui et sans faire des bénéfices et des crédits.
C’est peut-être à cause des contreparties exigées que selon la Lettre de l’Océan Indien, le ministre des Finances Gervais Rakotoarimanana se serait opposé aux projets de Sam Zormati qui aurait signé trois accords avec l’ancien gouvernement. « Selon lui (Zormati), Miami Capital a signé avec le ministre d’Etat Rivo Rakotovao et le ministère du Tourisme le contrat de gestion de l’hôtel d’Ivato en partenariat avec la SEHI (Etat malgache) et négocie avec Radisson et Accor pour l’administration du lieu ». Cet hôtel devait servir aux sommets du Comesa et de la Francophonie en octobre et novembre prochain, soit dans 4 mois seulement. Jusqu’à présent pourtant, aucun coup de chiffon n’a été apporté à l’hôtel. Hery Rajaonarimampianina espère-t-il trouver la solution avec Sam Zormati ?
En tout cas, il compte visiblement sur le franco-libanais pour combler la défaillance de Symbion Power. Avec 55 MW que Sam Zormati aurait signé avec Gatien Horace, on peut bien se passer des Américains et de leur engagement non tenu de réhabiliter la centrale thermique de 40 MW d’Ambohimanambola. Avec les 40 MW d’AF Power inauguré à Ambohitrarahaba puis transféré à Behenjy et le projet de K-Energie de Sam Zormati, le président de la République serait enfin tranquille avec sa promesse de régler le délestage (dans la capitale et ses environs uniquement). Reste à savoir les conditions exigées car Sam Zormati qui ne fait pas tout cela par philanthropie.
D’ailleurs, le troisième que M. Zormati déclare avoir déjà signé est la gestion de nos crédits par Afrikarbon qui est l’une de ses sociétés. C’est comme si nos environnementalistes en particulier et nos techniciens en général sont incapables de gérer ce projet qui a un volet technique très délicat avant d’être financé par les bailleurs de fonds. La Banque mondiale a financé 3,8 millions de dollars rien que pour les études préliminaires au projet. Elle ne va nullement accepter que ce projet si important soit confié à des aventuriers. Normal si on dit que le ministre des Finances soit contre les desseins de Sam Zormati, lui qui est en contact permanent avec les bailleurs de fonds pour parler de bonne gouvernance, de macro-économie et d’infrastructures comme l’électricité et les hôtels.
Visiblement, Sam Zormati veut mettre la main sur ces secteurs en prêtant gracieusement son Falcon T7-ZOR au chef de l’Etat. Il a même trouvé en Sékou Dabo une base sur laquelle il peut s’appuyer à Madagascar. M. Dabo n’est autre que le consul honoraire de la Guinée dans la Grande Ile. Le président guinéen, Alpha Condé, qui a été totalement séduit par Sam Zormati, aurait recommandé à ce dernier son consul honoraire. D’où la présence de Sékou Dabo dans le Falcon T7-ZOR lors des va-et-vient de l’appareil entre Conakry (capitale de Guinée) et Antananarivo. Il n’est qu’un passager comme Voahangy Rajaonarimampianina qui a déjà fait une petite escapade à Nosy-be à bord de ce jet. Le vrai propriétaire est Sam Zormati même si dans ses papiers, le propriétaire du Falcon T7-ZOR est déclaré inconnu. Pourquoi ?
Salomon Ravelontsalama