Rarissimes par les temps qui courent de trouver des entreprises d’Etat qui émergent de la frilosité maladive dans lesquelles elles baignent actuellement. Les dirigeants de ces sociétés d’Etat poussives revendiquent chacune leur liberté absolue tout en récusant leur responsabilité. L’une de ces rares entreprises d’Etat est, de toute évidence, la Caisse nationale de Prévoyance sociale (CNaPS) dont la bonne renommée est depuis longtemps bien connue au-delà des mers, surtout en Afrique et en Europe. La CNaPS suscite en effet la sympathie générale tandis que la JIRAMA et AIR MAD (pour ne citer que celles-ci) suscitent des cris d’horreur. Une fois n’est pas coutume, le Directeur général, Raoul Arizaka Rabekoto, titulaire d’un doctorat en Management et professeur à l’INSCAE a accepté de répondre de bonne grâce à nos questions. Interview
• Raoul Arizaka Rabekoto (A. R. R.), diriger cette grande institution, modèle de sécurité sociale qu’est la CNaPS et que toute l’Afrique nous envie, et être à la fois à la tête du club champion de Madagascar de football qu’est le CNaPS SPORTS, vous avez certainement une ou des clés de votre réussite. Laquelle ou lesquelles, s’il vous plaît ?
− A.R.R. – Je n’ai pas de secret à vous révéler à ce sujet. Je n’ai que trois maître-mots : 1. le Travail, 2. le Travail, 3. le Travail. Il faut s’accrocher au travail, en se disant qu’il reste le fil conducteur de la vie ! «C’est la meilleure des régularités et la pire des intermittences », comme l’a dit un écrivain français. Mais, si je ne prétends pas être un bourreau de travail, j’essaie de m’imposer et d’imposer à mes cadres ou à mes agents, voire à mes footballeurs, cette seule forme la plus noble de l’action qu’est l’INITIATIVE.
• Avoir de l’INITIATIVE ou prendre des initiatives, n’est-ce pas aussi vouloir dire avoir le sens de la responsabilité ou prendre ses responsabilités ?
− A.R.R. – Bien évidemment. Pour ne pas reculer, il ne faut jamais s’avancer sans réfléchir. On phosphore, mais on ne passe pas pour autant son temps à phosphorer, il faut l’expression d’une exigence de responsabilité qui fait, nous dit-on, de plus en plus défaut dans des secteurs de la vie nationale, pour la CNaPs qui a pour ambition d’être un des promoteurs de la régulation nationale. Dans notre organisation interne, chacun pèse le poids que lui donne le pouvoir effectif dont il dispose et doit être conscient du poids de sa fonction dans notre système très hiérarchisé, pour pouvoir l’assumer pleinement.
• Vous avez donc probablement une philosophie, voire une stratégie de coaching pour que la prise de responsabilité par vos cadres ou vos agents, voire par vos sportifs, soit efficace…
− A.R.R. – Philosophie? C’est un bien grand mot, mais pas un gros mot. Mon naturel me contraint à chercher et à aimer les choses ordinaires, en balayant toute confusion ou toutes sortes de contradiction, et faire la lumière pour tout ce qui paraît obscur pour finalement prendre la décision qui s’impose, quitte à épuiser ses pulsions combatives. Car la vraie performance, c’est d’aller au-delà de ce qu’on attend de vous. Ceci dit, notre « stratégie » - s’il faut l’appeler ainsi – unit intimement les questions communes à tous et celles qui s’imposent à chacun, à partir des épreuves et des énigmes de son existence dans ce que celle-ci a de plus singulier…
• Face à tout inconfort de situation, le mieux serait donc de ne pas compliquer toujours les choses inutilement, mais d’assumer simplement mais entièrement sa fonction ?
− A.R.R. – C’est là effectivement une démarche pragmatique. La quête de l’excellence et du perpétuel dépassement, passent d’abord par là pour inculquer la culture de résultats. Appelez cela du coaching si vous voulez. Car dès lors que l’intérêt général est en jeu, on ne discute plus, on exécuté d’autant que l’intérêt général aura été accepté comme intérêt de quelques-uns décrété par eux, intérêt pour tous et imposé à tous. Défendre les droits acquis par exemple, c’est l’intérêt général, mais l’intérêt général ne doit pas devenir pour autant le masque de défense des intérêts de quelques-uns. Il faut donc demander à chacun de considérer que ses propres intérêts doivent se concilier avec ceux des autres.
• Dans l’architecture de l’Etat, dites-nous en quelques mots comment la CNaPs assume son rôle de protection sociale ?
− A.R.R. – La CNaPs agit principalement en faveur des travailleurs du secteur privé. Mais seulement 10% des travailleurs actifs jouissent de leurs droits en matière de protection sociale. Associé à cette politique de protection sociale, nous avons montré un volontarisme accru pour améliorer les conditions de travail de nos collaborateurs par la création de structures-relais et la mise à disposition d’outils performants et modernes s’appuyant sur les nouvelles technologies. Nous avons ainsi créé récemment 5 antennes et 1 délégué pour chacune des 22 régions et mis en place un service en ligne à la disposition des employés et des travailleurs pour les déclarations et la consultation des salaires déclarés à la CNaPs. Nous nous inscrivons ainsi, de manière constante, dans un esprit d’innovation afin de maintenir notre excellence opérationnelle.
• Un grand magazine africain a écrit que le mérite de la CNaPs serait, entre autres, de vouloir être toujours à la recherche de nouvelles configurations. Lesquelles, si vous voulez bien nous en révéler quelques facettes…
− A.R.R. – La protection sociale étant l’affaire de tous, nous sensibilisons les jeunes, les futurs travailleurs sur leurs droits, des droits reconnus par la Déclaration universelle des Droits de l’homme et par la Constitution malagasy. La protection sociale consiste à combler les risques sociaux comme la maladie, la naissance, la mort et les accidents, et en particulier les accidents de travail et la pension de retraite que nous révisons parfois à la hausse pour que les retraités aient un pouvoir d’achat décent face à l’inflation. Et actuellement, nous étudions la mise en place d’un régime de retraite en faveur des paysans de toutes les régions. Par ailleurs, nous développons même nos relations internationales en considérant les déplacements temporaires de salariés malagasy à l’étranger, et ce par la conclusion d’accords de sécurité sociale avec le ou les pays hôtes, afin d’éviter une double affiliation des travailleurs.
• Est-ce ce développement « extra muros » des activités de la CNaPs qui ont valu à celle-ci de remporter des « AWARDS » ou des PRIX ?
− A.R.R. – Nous avons toujours eu la volonté de gérer les conventions internationales de sécurité sociale avec des pays de l’émigration des ressortissants malagasy, notamment la France. Mais aussi bien par son rayonnement national que par ses accords bilatéraux à l’étranger, notre volonté et notre capacité à orienter la CNaPS vers l’avenir nous ont valu souvent de remporter des AWARDS en Afrique et en Europe. Je ne vais pas tous les énumérer ici, mais même sur le plan national, nous avons été récompensés par le Trophée « ROTARY AINGA AWARDS » spécialement attribué aux entreprises serviables et novatrices.
(Propos recueillis par A.J.R.)
